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Références

Recueil Alexandries

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11

décembre 2005

Marc Bernardot

Voyage dans la chambre noire.

Les foyers de travailleurs migrants à Paris

auteur

Marc Bernardot est Professeur de sociologie à l’université du Havre (PR1). Ses recherches portent sur la globalisation dans une double perspective sémiologique et sociohistorique selon les trois axes de l’espace, des liens entre souveraineté et marché, de la culture. Ses publications couvrent ainsi un domaine situé à l’intersection de la sociologie urbaine et des mobilités, la sociologie de l’Etat et de la société de marché, la sociologie de la culture (...)

résumé

Nous qualifions ici les foyers parisiens de camera obscura de la politique de la ville (i.e. à la fois de la politique du logement, de l’aménagement urbain, de la politique scolaire…) dans la capitale. Car, ainsi que le suggère le titre de l’intervention, nous allons suivre le fil de la métaphore photographique, à la manière de Marx et Engels qui proposaient dans l’Idéologie allemande (1976 [1845]) d’appréhender l’idéologie comme une chambre noire, c’est-à-dire le lieu stratégique permettant de voir la réalité sociale inversée. Alors que le foyer de travailleur migrant est souvent envisagé comme un cas particulier, extrême et résiduel, de logement d’un passé qui ne passe pas et qui concerne une population peu importante numériquement et en voie de résorption (l’actif occupé immigré venant de l’ancien empire colonial) en raison de l’arrêt de l’immigration de travail, nous le prendrons à l’inverse comme type-idéal.Les foyers parisiens constitueront ici notre point d’entrée lumineux pour la compréhension des enjeux des politiques du logement social, de l’immigration et de l’intégration dans les années 2000. Il faut procéder à deux opérations « optiques ». Première opération, percer un « petit trou » dans la camera obscura et rendre apparent ce qui ne l’est pas, car le foyer reste davantage envisagé comme un symbole (du passé colonial qui ne passe pas, de la promiscuité, de la précarité, du temporaire) qui obture la perception d’une réalité multiforme. Seconde opération, remettre à l’endroit l’image des foyers dit communautaires en montrant qu’ils sont le produit d’une politique (celle de la ségrégation économique, relative au statut familial et ethnique) dans le logement social et non l’inverse.

à propos

Cet texte a fait l’objet d’une communication au séminaire du Centre d’études africaines, à Paris, le 14 décembre 2005 et d’une publication en 2006 dans une version allégée des références et des notes dans la revue Hommes et migrations, n°1264, pp. 57-67, sous le titre « Les foyers de travailleurs migrants à paris. Voyage dans la chambre noire ».

Chambre noire :

enceinte fermée ou pièce plongée dans l’obscurité dont l’une des parois, munie d’un orifice, permettant à la lumière d’entrer et de former, sur la paroi opposée, l’image inversée des objets extérieurs à la pièce. Au XVIe siècle, on ajouta une lentille afin d’obtenir une image de meilleure qualité.

boîte dont une paroi est percée d’un trou de petit diamètre à l’opposé duquel se forme une image renversée des objets extérieurs

 [1]

dispositif inventé en Perse par Alhazen 965-1039.

« Et si, dans toute l’idéologie, les hommes et leurs rapports nous apparaissent placés la tête en bas comme dans une camera obscura [chambre noire], ce phénomène découle de leur processus de vie historique, absolument comme le renversement des objets sur la rétine découle de son processus de vie directement physique.

A l’encontre de la philosophie allemande qui descend du ciel sur la terre, c’est de la terre au ciel que l’on monte ici. Autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s’imaginent, se représentent, ni non plus de ce qu’ils sont dans les paroles, la pensée, l’imagination et la représentation d’autrui, pour aboutir ensuite aux hommes en chair et en os ; non, on part des hommes dans leur activité réelle, c’est à partir de leur processus de vie réel que l’on représente aussi le développement des reflets et des échos idéologiques de ce processus vital ».

K. Marx, F. Engels, L’idéologie allemande , Première partie, B.|

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Sommaire

1 Les secrets de la chambre noire parisienne
1.1 – Les foyers parisiens, camera obscura de la politique urbaine de la Ville Lumière ?
1.2 – La gestion des foyers parisiens ou l’histoire d’une Black Box
1.3 – Obscurité ou opacité ? Clair-obscur dans la chambre noire

2 Flash démographique, cliché de la solidarité et surexposition communautaire
2.1 – Portrait-robot des quarante six foyers
2.2 – Daguerréotype de la solidarité
2.3 – Le foyer entre diaphragme et obturateur

3 Portrait de groupe avec femmes : instrumentalisation et ethnicisation des foyers africains
3.1 – Le roman-photo municipal
3.2 – Le négatif des politiques sociales
3.3 – Instantanés des foyers de contestation
4 Conclusion : vers la camera lucida ?

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Les foyers dits de travailleurs migrants (F.T.M.) demeurent aujourd’hui un objet d’étude délaissé, du moins dans une perspective d’appréhension conjointe des deux fonctions articulées de ségrégation spatiale et d’insertion sociale qu’ils remplissent. Ces deux dimensions renvoient à l’opposition schématique entre communautarisme et individualisme, censée caractériser les comportements possibles des habitants de ces foyers selon leurs origines ethnico-culturelles en les opposant et en les séparant (Amselle et M’Bokolo, 1985). Ségrégation et insertion sont en réalité les effets induits conjointement sur les populations hébergées par une offre de logement discriminante (par le coût et par la nationalité) qui impose le célibat aux immigrants et induit des logiques de survie ou de résistance collective (Appadurai 1996) alors qualifiée de solidarités voire de replis communautaires. Les travaux sociologiques existants oscillent entre un misérabilisme compatissant, qui pointe du doigt l’abandon et la trahison de la France à l’égard de vieux immigrés autrefois travailleurs aujourd’hui retraités et l’étonnement enchanté face à la (re)découverte d’une part de l’implication citoyenne exemplaire de ces résidents de logements dégradés encore actifs dans les comités de défense de leurs droits et de leur qualité de vie et d’autre part d’une solidarité communautaire pensée comme naturelle et naturellement chaleureuse. Ces clichés ont la vie dure et recouvrent une réalité moins contrastée, plus sépia que noir et blanc. Depuis 70 ans les foyers de travailleurs migrants, logements de type dérogatoire et précaire ont été le lieu d’une rapide acculturation des immigrants coloniaux et post-coloniaux pour des centaines de milliers de personnes. Ils ont fait chaque fois l’objet d’une appropriation durable, à la fois concrète et symbolique, par les usagers qui y ont résidé, tantôt individuelle, tantôt collective voire les deux à la fois (Bernardot 1999).

Souvent présentés en France comme les lieux par excellence de la relégation spatiale, les foyers de travailleurs migrants, spécificité résidentielle française en Europe, représentent aussi un lieu clé d’intégration des jeunes migrants primo-arrivants. Espaces d’isolement par le logement pour les ouvriers et des employés célibatairisés d’origine étrangère, ils constituent un mode d’insertion ségrégative pour les étudiants, les salariés, les chômeurs et les retraités immigrés des catégories populaires d’origine étrangère. Les foyers sont une réponse spécifique des employeurs et des pouvoirs publics français, pour loger et contrôler les travailleurs étrangers, à partir des années 1930 jusqu’aux années 1970 et à l’arrêt de l’immigration de travail. Ensuite des années 1960 aux années 1980 de puissantes mobilisations, ont contraint les pouvoirs publics à recomposer la politique de logement en la matière tout en en conservant les principes initiaux. En effet malgré des aménagements et une progressive intégration dans le droit commun, la résidence en foyer n’est toujours pas assimilée à un domicile à part entière. Enfin dans les années 1990 les foyers ont connu une double transformation démographico-économique en raison du vieillissement de leurs résidents et de leur paupérisation et juridique avec le passage du « foyer » à la « résidence sociale ». L’ouverture de « centres d’accueil d’urgence » parmi ces résidences est également un facteur d’évolution de leur fonctionnement et de leur fonction dans le logement social.

Nous considérons que les foyers de travailleurs, en dépit du fait que dans les villes moyennes et les petites villes ils aient été construits en périphérie urbaine, restent de nos jours des lieux centraux, d’un point de vue culturel, économique, social et politique à la fois. Dans les grandes villes, et en particulier à Paris, leurs bâtiments sont difficiles à repérer dans l’espace urbain et leur population active ou inactive est fondue dans le quartier. Après avoir enquêté, à de nombreuses reprises, sur les foyers au niveau national, nous avons eu l’occasion de vérifier que les foyers parisiens sont encore moins facile à reconnaître et à étudier car doublement occultés. Ils ne doivent pas apparaître d’une part parce qu’ils sont situés dans la capitale, qui ces dernières années a continué de repousser dans l’extrême-est parisien les populations ouvrières et employées ; d’autre part leurs bâtiments ne se différencient pas (ni par leur type de construction, ni par leur emplacement) du reste du parc de logement social pour les familles. Centraux les foyers le sont aussi spatialement à Paris car situés au coeur de l’agglomération urbaine et parce que l’enjeu que constitue leur maintien, leur réaménagement ou leur fermeture et celui, plus général, de la mixité sociale et ethnique ou de la moyennisation du logement dit social dans une capitale où le prix des terrains flambe, rend ce dilemme crucial pour la politique de la Ville (Halbwachs 1908, 1920).

Nous qualifions ici les foyers parisiens de camera obscura de la politique de la ville (i.e. à la fois de la politique du logement, de l’aménagement urbain, de la politique scolaire…) dans la capitale. Car, ainsi que le suggère le titre de l’intervention, nous allons suivre le fil de la métaphore photographique, à la manière de Marx et Engels qui proposaient dans l’Idéologie allemande (1976 [1845]) d’appréhender l’idéologie comme une chambre noire, c’est-à-dire le lieu stratégique permettant de voir la réalité sociale inversée. Alors que le foyer de travailleur migrant est souvent envisagé comme un cas particulier, extrême et résiduel, de logement d’un passé qui ne passe pas et qui concerne une population peu importante numériquement et en voie de résorption (l’actif occupé immigré venant de l’ancien empire colonial) en raison de l’arrêt de l’immigration de travail, nous le prendrons à l’inverse comme type-idéal. Les foyers parisiens constitueront ici notre point d’entrée lumineux pour la compréhension des enjeux des politiques du logement social, de l’immigration et de l’intégration dans les années 2000. Il faut procéder à deux opérations « optiques ». Première opération, percer un « petit trou » dans la camera obscura et rendre apparent ce qui ne l’est pas, car le foyer reste davantage envisagé comme un symbole (du passé colonial qui ne passe pas, de la promiscuité, de la précarité, du temporaire) qui obture la perception d’une réalité multiforme. Seconde opération, remettre à l’endroit l’image des foyers dit communautaires en montrant qu’ils sont le produit d’une politique (celle de la ségrégation économique, relative au statut familial et ethnique) dans le logement social et non l’inverse.

Nous considérons donc les foyers de travailleurs africains parisiens, comme des espaces centraux pour percevoir, en la remettant à l’endroit, la réalité des politiques de logement des migrants coloniaux et de leurs reconfigurations successives en lien avec les mobilisations sociales et politiques de leurs habitants. Le foyer de travailleur peut être analysé comme le laboratoire de la réification du migrant à la fois sur-spatialisé, c’est-à-dire affecté voire assigné dans un périmètre réduit, et maintenu hors du temps (Sayad 1993, 1999). D’un point de vue méthodologique, il nous semble indispensable de d’abord donner une vision grand angle du monde des foyers parisiens, non pas réduits à leurs seuls murs mais englobés dans un contexte urbain, social et politique. Il faut aussi multiplier les zooms, c’est-à-dire répéter les enquêtes dans des lieux différents, à des moments variés. Trop de monographies avec un temps de pose court ont conduit à des généralisations et abouti à l’équation métonymique : « un foyer égal tous les foyers » selon le classique rapport au minorisé étendu ici à son logement et à son rapport à l’espace (Guillaumin 2002 [1972]). Le procédé est photosensible en raison de la visibilisation sélective des minorités ethniques et des organismes qui les gèrent dans la société française. Les foyers de travailleurs comme les centres d’internement et d’autres formes de logement contraint allant du bidonville aux hameaux forestiers en fournissent une illustration exemplaire [2] (Bernardot 2005). Mais si concernant les foyers parisiens la chambre est aussi noire que le bitume de Judée, c’est avant tout, en raison de la rareté des travaux sur la question quelle que soit la perspective.

Cette communication se base essentiellement sur des données d’une des rares enquêtes commanditées sur les foyers de Paris, que nous avons conduite en 2002 pour l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) à la demande de la ville de Paris. Cette enquête, réalisée dans des conditions parfois rocambolesques (équipe non spécialisée, délais et moyens réduits, exigences multiples et changeantes des différents commanditaires), a fait l’objet d’une diffusion très limitée [3]. Des données chiffrées ont été recueillies auprès des gestionnaires et croisées avec d’autres informations disponibles (urbaines, architecturales, socioéconomiques, etc). Des visites de flâneur benjaminien ont été menées dans et/ou autour d’une trentaine de foyers (sur les 46 en fonctionnement) selon les autorisations obtenues. Une trentaine d’entretiens semi-directifs ont été menés avec des résidents, des responsables des organisations gestionnaires, des adjoints aux maires responsables des questions de logement et des travailleurs sociaux des arrondissements concernés. Nous dressons d’abord un panorama des foyers de Paris (I). Nous analysons ensuite le développement dans un certain nombre d’entre eux d’un système de solidarité dense palliant la paupérisation, les discriminations et les mauvaises conditions de logement et conduisant à une appropriation originale de l’espace (II). Nous montrons enfin comment les structures collectives au sein des foyers de Paris sont devenues des interlocuteurs incontournables des pouvoirs publics qui ont pourtant tendance à appréhender la situation sur des bases ethniques, différentialistes et ségrégatives (III).

Les secrets de la chambre noire parisienne

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La notion foucaldienne de spatialisation tertiaire, employée à propos de la maladie, peut aider à comprendre la manière dont la société française investie, isole et répartit dans des régions privilégiées et closes les travailleurs migrants coloniaux [4].

Les foyers parisiens, camera obscura de la politique urbaine de la Ville Lumière ?

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D’un point de vue architectural et urbanistique, et plus largement en terme de politique de la ville et du logement, ces établissements à Paris présentent des caractéristiques singulières. L’offre de chambres en foyer est restée quantitativement et qualitativement stable ces dix dernières années. Moins de la moitié des lits de foyers (42 %) sont proposés en chambre individuelle, le reste étant essentiellement en chambres collectives et, dans trois foyers, sous forme de dortoirs collectifs. Ce parc est le résultat de constructions régulières de bâtiments entre les années 1960 et 1980 mais aussi de la reconversion de bâtiments plus anciens affectés à d’autres fonctions, souvent industrielles, dans une réutilisation d’espaces palimpsestes fréquemment constatée pour le logement des migrants, des réfugiés et des internés (Bernardot 2005).

Ces hôtels pour célibataires ont été installés à Paris dans un milieu particulièrement dense et tirent de cette histoire une grande diversité en taille et en conception et une forte imbrication dans le tissu urbain. Ils sont néanmoins concentrés dans l’Est de la capitale et tout particulièrement dans les 13e, 19e et 20e arrondissements qui regroupent 25 des 46 foyers, à proximité les uns des autres et souvent dans des quartiers d’habitat social très dense qui regroupent toutes les classes populaires. Neuf (9) des vingt arrondissements de la ville n’accueillent aucun foyer dans leur périmètre matérialisant ainsi la classique ligne de partage social et spatial Est-Ouest entre un Paris ouvrier et un Paris bourgeois. Ces foyers sont rarement sur des axes essentiels et sont peu visibles ou identifiables comme des établissements sociaux pour célibataires. Une particularité de ces bâtiments tient en effet à leur absence de signe distinctif (coloris, revêtements, logos, etc.) à la différence de ceux des villes de province de surcroît situés en périphérie. Ceux de Paris « n’impriment pas la pellicule » : les riverains interrogés n’en connaissent pas l’existence comme c’est le cas pour ceux de la rue du faubourg Poissonnière et du Boulevard de Magenta dans le 10e. Ainsi malgré leur nombre les foyers de Paris occupent une sorte d’angle mort urbain. Ils sont en tout cas pour l’heure bien moins exposés aux regards que les hôtels meublés à la suite des récents incendies et d’une série d’expulsions médiatisées.

Pourtant ces foyers présentent pour une partie d’entre eux des caractéristiques qui ne correspondent pas aux normes techniques et sociales d’un logement décent soit parce qu’ils ont été conçu comme des locaux industriels soit parce qu’il s’agit de dortoirs soit en raison de l’emploi de revêtements ou de composants inappropriés ou encore d’une isolation insuffisante. Par ailleurs leur utilisation intensive et de longue date et la plupart du temps sans rénovation en fait des bâtiments dégradés voire insalubre [5].

La gestion des foyers parisiens ou l’histoire d’une Black Box

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En matière de singularités, le système des foyers de Paris se caractérise plus encore par une complexe configuration des acteurs qui y sont associés, elle aussi résultant d’une histoire spécifique à la ville de Paris. Huit organismes différents, dont trois principaux, gèrent ces foyers. Ils ont des statuts très différents les uns des autres, associations pour la plupart mais aussi société d’économie mixte et services sociaux de la Ville de Paris. La situation parisienne est particulière en raison de la diversité et la nature des propriétaires. On en dénombre 15 : des sociétés anonymes d’HLM, notamment la SCIC d’Ile de France, la Sonacotra, mais aussi des ministères et des propriétaires institutionnels.

Cette variété d’intérêts et d’institutions, tantôt alliés tantôt en concurrence, a été un facteur d’invisibilité. En effet aucune politique n’a jamais été affichée. Les institutions centrales de la ville (municipalité et préfecture) ont, dès l’origine, limité la construction de foyers et cherché à établir les travailleurs migrants (y compris salariés municipaux) dans des communes de banlieue toujours plus lointaines. La situation a changé il y a une quinzaine d’année avec la faillite économique et politique de l’association des foyers de région parisienne (A.F.R.P.), structure historique des foyers à Paris. Dans le contexte tendu de « l’affaire des Maliens de Vincennes » au début de années 1990, les pouvoirs publics ont sollicité la Sonacotra pour reprendre des foyers en déshérence de gestion [6]. Grâce à ces reprises mais aussi des créations de capacités nouvelles, cette société est devenue en moins de dix ans le premier gestionnaire de foyers à Paris avec 16 établissements et 3 830 lits s’implantant dans plusieurs arrondissements. L’intérêt pour les pouvoirs publics tient essentiellement à la capacité éprouvée de la Sonacotra à devenir un interlocuteur unique pour gérer les situations de surpeuplement et à appliquer progressivement son hygiénisme coercitif (Bernardot 2001).

A la mauvaise conception des bâtiments et aux difficultés liées à leur utilisation intensive s’ajoute un déficit récurrent d’entretien, lié à l’absence de comptabilité analytique et de provisions financières pour réparation des bâtiments et, plus globalement, à la faiblesse structurelle des organismes gestionnaires qui sont bien souvent des associations loi de 1901. C’est le cas par exemple de la branche du centre d’action sociale de Paris (CASVP) qui gère cinq (5) établissements sans aucune ligne directrice. Certaines connaissent de lourdes pertes parce que les résidents ne payent pas leur « redevance », d’autres ont des structures inadaptées et manquent de personnel. C’est le cas aussi pour la Soundiata Nouvelle qui a hérité d’un passif financier qu’elle s’avère incapable de gérer. Ces associations gestionnaires sont en conflit à la fois avec les propriétaires des murs et avec les locataires.

La situation actuelle du logement des étrangers en France et à Paris en particulier est le résultat d’un double escamotage. Plusieurs auteurs ont montré que la politique du logement des immigrés avait donné lieu depuis les années 1960 à un détournement des fonds du 1% logement (1/9e) vers les foyers au détriment des familles étrangères (Bernardot 1999, Simon 1999, Weil 2005). Mais cette première opération a été suivie d’une deuxième où ces fonds ont été utilisés non pas pour la construction ou l’entretien des foyers mais pour des opérations immobilières et foncières à destination des classes moyennes sans lien avec le logement des migrants. La gestion des foyers s’apparentant ainsi également à une Black Box, les autorités municipales et étatiques évitent toute intervention susceptible de rendre visible ces bâtiments et leurs habitants aux yeux de l’opinion publique. Pourtant la réalité profondément dégradée des foyers qui en résulte ne manquerait pas d’être considérée ailleurs comme l’effet d’une politique d’apartheid (Ramphele 1992).

Obscurité ou opacité ? Clair-obscur dans la chambre noire

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Le monde des foyers à Paris reste sous l’influence entrecroisée d’un grand nombre des institutions dont on pourrait dire qu’elles partagent le secret des substitutions de populations et de financements évoquées ci-dessus [7]. La multiplicité des acteurs tient à la fois aux spécificités du dossier des migrants et au statut de capitale de Paris. La subdivision des institutions est ici poussée à l’absurde concernant la gestion des migrants isolés. Chacun des acteurs locaux et nationaux crée en son sein des services qui leur sont spécialement consacrés. Cette spécialisation est à la base d’une politique de statu quo et d’opacité assumée en commun. Cependant ce champ du logement spécifique souffre des mêmes maux que la politique d’immigration au niveau national (manque de personnel, de compétences, de moyens de contrôle, etc.). Récemment un mouvement de concentration économique suite aux erreurs de gestion des associations a conforté la place de la Sonacotra, et, dans une moindre mesure, celle de l’AFTAM, comme premier opérateur de l’archipel des foyers. Ce processus est encouragé par les pouvoirs publics qui y voient une manière de pallier la faiblesse voire la faillite de certaines associations gestionnaires et de reprendre en main les foyers autogérés. Cela préfigure sans doute le partage entre un nombre d’acteurs réduits des différents segments du marché du logement contraint (migrants, gitans, précaires, isolés, demandeurs d’asile, etc.). Ces ultimes transferts de propriété rendront définitivement indéchiffrable l’utilisation passée des fonds publics censés être réservés aux immigrés.

Dans un contexte d’intense pression immobilière et de surpolitisation de la question immigrée, les capacités d’hébergement n’augmentent plus depuis une dizaine d’année alors que la demande est croissante. La transformation progressive des foyers en « résidences sociales » et le programme national de rénovation engagé depuis 1997, qui devaient normaliser les foyers, se sont réduits pour la première à un changement d’appellation artificiel, en matière de risques sanitaires et sociaux notamment, et pour le second, à un programme de plus rencontrant de nombreuses difficultés de mise en œuvre (CILPI 1999) [8].

Officiellement placés sous le triple contrôle de la mairie, de la préfecture de Paris et des propriétaires gestionnaires, les foyers sont pourtant l’objet d’un traitement clairement ségrégatif, mais occulté et les informations sur les conditions de vie des résidents sont rares. Quelques rapports d’inspection ont été diligentés (Cuq 1996 ; I.G.A.S. 2002) [9]. Ils dénoncent épisodiquement la situation, parfois de manière caricaturale en faisant porter la responsabilité de la situation aux populations et à leurs modes de vie supposés communautaire et le plus souvent sans qu’aucun affichage politique ne soit exprimé. Les autorités se retranchent derrière la supposée sensibilité politique du sujet tandis que l’aspect ségrégatif du rapport de la collectivité aux populations logées dans les foyers et les pronostics sur les évolutions sanitaires et sociales ne sont jamais évoqués. Un rapport de la Cour des comptes, rendu public en 2005, a, quant à lui, remis en cause la politique d’immigration française dans son ensemble. Il critique tout particulièrement l’abandon du dispositif du 1/9e logement au profit de la rénovation des foyers de travailleurs et l’échec de ce programme de rénovation [10]. Les foyers sont présentés comme un « instrument inadapté et ségrégatif ». Seuls deux rapports concernant les foyers de Paris ont été commandés en 30 ans à des bureaux d’études (EFEL 1992 ; APUR 2002). Dans l’enquête que nous avons réalisée pour l’APUR nous avons collecté les statistiques administratives concernant les personnels et les usagers des foyers parisiens auprès des gestionnaires, faute d’avoir les moyens matériels de réaliser une véritable enquête sociologique sur les conditions et les modes de vie. C’est sur la base de ces données institutionnelles que nous établissons une esquisse de la cartographie et de la morphologie sociale des foyers.

Flash démographique, cliché de la solidarité et surexposition communautaire

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La situation sociodémographique dans les foyers parisiens est hétérogène mais généralement dominée par les contraintes d’un marché immobilier où la flambée des prix à la vente et à la location est ininterrompue depuis quinze ans. De surcroît, en raison de la spéculation immobilière, le parc de logement social ne s’est pas accru dans la capitale, les autorités qui en ont la charge se consacrant à maintenir l’accès au logement des classes moyennes intra muros. Le logement HLM parisien est désormais non seulement de moins en moins ouvert aux familles nombreuses des catégories populaires et en particulier aux familles immigrés mais surtout complètement inaccessible aux ouvriers célibataires.

Les conditions de logement dans les foyers sont largement en dessous des normes. Cependant les tarifs restent attractifs par rapport au marché privé et les multiples formes de discriminations (ethniques, économiques, sociales) dont ils sont l’objet dans l’accès au logement poussent leurs habitants à s’installer durablement dans ces logements surpeuplés. Cette installation est censée être temporaire mais elle peut durer toute la vie, à part pour ceux qui repartent au pays ou sont expulsés. Pour certains, cette entrée en foyer est synonyme d’interruption définitive de la mobilité résidentielle : une place en foyer à Paris ne saurait s’abandonner pour se retrouver à la rue. Cela tient d’une part à la disparition des meublés et des garnis et d’autre part aux discriminations raciales qui entraînent le regroupement de populations en fonction de leur origine dans des sites réservés et rend presque impossible la mobilité vers un logement choisi (Simon 2001). Cette installation réserve cependant des marges de liberté aux usagers.

Portrait-robot des quarante six foyers

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Il existe deux images de la réalité démographique dans les foyers parisiens. Un premier cliché se limite à la comptabilisation des résidents officiels mais ces données sont au mieux fausses quand elles ne sont pas falsifiées pour l’obtention de subventions. Cette manipulation statistique entraîne l’apparition d’un décompte officieux qui autorise tous les fantasmes (polygamie, clandestinité, trafics, etc.). Cette situation de méconnaissance repose sur une double substitution métonymique celle du foyer et du lit aux usagers. Cela constitue un cas original du nominalisme colonial (Appadurai 2005 : 183). Les foyers sont au carrefour de deux approches habituellement distinctes voire opposées, celle de la paupérologie et celle des questions ethniques (Leclerc 1979). Nous devons donc en passer par un Ekta imprécis mais officiel avant de tirer le portrait des différentes catégories de population.

En 2002 environ 8500 résidents étaient référencés officiellement dans les foyers de Paris ce qui semble témoigner d’une stabilité de la population depuis 1992 mais c’est plus du double qui y vivent réellement. Les caractéristiques sociodémographiques des résidents sont diverses. Plus encore que dans le reste de la France, les foyers de Paris se sont spécialisés dès l’origine en fonction des publics d’immigrants coloniaux à héberger (création à Paris en 1931 de la Régie des foyers ouvriers Nord-Africains). Certains organismes gestionnaires ont été constitués avec l’objectif de loger des « Africains noirs », c’est-à-dire principalement des Soninkés (Moulin 1976), quand d’autres étaient censés loger des « Nord-Africains », surtout des Algériens (Sayad 2004). Cette répartition s’est accompagnée de la promotion de deux types de foyers (nous n’abordons pas ici les foyers d’entreprise). D’une part les foyers communautaires sur le modèle du dortoir ou avec des chambres à lits [11] multiples ont été considérés comme adaptés au mode de vie collectif des Africains. D’autre par les foyer-hôtels proposant des chambres individuelles ont été conçus pour accueillir les Maghrébins.

Les foyers de Paris sont peuplés par des étrangers (près de 80 %), la proportion de Français croissant néanmoins légèrement ces dernières années. On constate une prédominance des résidents originaires du Sénégal, du Mali et dans une moindre mesure de Mauritanie qui représentent ensemble plus de la moitié de la population (55 %). Ils sont majoritaires dans plus d’un foyer sur deux. Viennent ensuite des ressortissants des pays du Maghreb avec 15 % environ de la population totale. Cette proportion baisse continûment depuis le début des années 1990. A la différence des foyers du reste de la France (Bernardot 2001), ceux de Paris restent majoritairement habités par des salariés (60 %) qui sont employés dans les secteurs du BTP, de la production de biens intermédiaires et du nettoyage industriel.

Si le taux de chômage restait en 2002 inférieur à 10 %, la précarisation des emplois marque néanmoins ces actifs entraînant une baisse des revenus. Le phénomène du vieillissement des résidents est en voie de développement et devrait s’accentuer très fortement dans les prochaines années [12]. D’ores et déjà plus d’un quart des résidents sont âgés de plus de 56 ans, et ils resteront probablement dans les foyers [13]. Ces personnes vieillissantes sont essentiellement des résidents mariés dont la famille est restée dans le pays de départ, notamment pour ceux qui viennent des pays du fleuve Sénégal et du Maghreb. Leur présence dans les foyers est de plus en plus contrôlée et toujours contestée par les autorités à la fois pour les titres de séjour mais aussi pour le versement de prestations sociales (Bernardot 2001, Sayad 1986 et 1993). Les problématiques gérontologiques aigues se développent mais rien n’est réellement prévu pour répondre aux besoins nouveaux qui en découlent. D’autres catégories d’usagers logent en foyer, notamment des étudiants et des stagiaires pour 5 % du total des résidents, mais surtout des populations précarisées de RMIstes (7 %), concentrés dans certains foyers comme celui de Vaugirard dans le 15e arrondissement qui accueille plus d’un tiers de résidents allocataires.

Le phénomène le plus marquant des foyers de Paris reste le surpeuplement [14]. En effet l’enquête de 2002 propose une estimation, à partir de celles de chacun des gestionnaires, de près de 16 000 personnes pour 8 700 places. Certains foyers comptent trois ou quatre personnes pour une place ou un lit (Marc Seguin et Fort de Vaux par exemple). Cette situation de pression de la demande non satisfaite est le fait majeur des foyers de Paris comme de région parisienne et particulièrement de Seine Saint-Denis. L’essentiel des habitants non officiels sont des hommes jeunes. Nous n’avons que peu d’informations en ce qui les concerne mais il est dit parfois qu’ils travaillent chez des sous-traitants du BTP et du nettoyage. Nous avons aussi pu constater la présence dans les foyers de ceux que l’on appelle parfois les jeunes errants. D’autres types de résidents clandestins et intermittents sont présents dans les foyers. Il s’agit de retraités très âgés ou des femmes (Tolbiac dans le 13e) qui y séjournent de manière durable mais alternée. Ce sont les compagnes de résidents qui viennent passer quelques jours de temps en temps au foyer sans y habiter en permanence. Les services sociaux mentionnent tout comme les gestionnaires la présence d’enfants dans des établissements : quelques cas isolés d’enfants en bas âges notamment dans des foyers d’Epinettes (19e) et de Vincent Auriol (13e). Dans ces cas une ou des familles vivent dans le foyer, à la suite du déclassement d’un logement de fonction dont le titulaire, père de famille, est resté dans les lieux. C’est ensuite le cas de pères de familles qui accueillent un fils adolescent dans le foyer pour des périodes plus ou moins longues (Vincent Auriol 13e, Mûriers 11e). Les chambres, déjà inconfortables sont parfois occupées par roulement. La sécurité des bâtiments est incertaine. Cette situation de surpeuplement aigu pèse fortement sur les conditions de vie. Elle fait pourtant à l’occasion l’objet d’une mise en scène bon enfant et folklorique lors des visites d’officiels (élus, hauts fonctionnaires…) pour lesquels occupants officiels et officieux affichent, en costume traditionnel, la solidarité ethnique et communautaire.

Daguerréotype de la solidarité

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Deux modes de vies idéaux-typiques se sont développés dans les foyers. Un type de foyer de travailleurs, celui pour les Maghrébins, a été conçu et élaboré pour un mode de vie individualiste. Cet habitant, le Maghrébin célibataire et individualiste, a longtemps incarné son habitat. Nous ne traitons pas ici de cette population qui représente néanmoins presque la moitié de la population officielle des foyers parisiens. Leurs caractéristiques et leur situation montrent qu’ils ne sont pas si isolés que cela a souvent été dit.

Un second type de foyers collectiviste a généré un mode de vie communiste pragmatique (Pinçon Pinçon-Charlot). Les habitants de ces foyers, quelque soit leur statut matrimonial et leur âge, sont contraint d’adopter un style de vie familialiste et communautaire. Les populations originaires des pays d’Afrique de l’Ouest ont mis en place à l’échelle du foyer et au-delà un système transnational structuré de production et d’échange basé sur des solidarités villageoises et familiales et un jeu sans frontière entre Paris et les pays d’origine (Faist 2004 ; Favell 2003). Il permet aux habitants de contrebalancer des difficultés d’accès au logement et des contraintes sociales et économiques qui s’accroissent et rendent supportables les très difficiles conditions de vies provoquées par l’état des foyers et le surpeuplement. Il s’agit d’un type d’économie solidaire dans le cadre d’un projet migratoire collectif et d’un projet d’intégration et de socialisation à la vie parisienne des nouveaux arrivants.

L’aspect le plus emblématique de ce système est le fonctionnement de cuisines collectives dans les établissements qui servent quotidiennement plusieurs centaines voir milliers de repas aux résidents et à des habitués du quartier. Différents petits commerces et activités économiques se sont développés et permettent aux usagers de ces foyers et à leurs voisins de consommer des produits et des services à moindre coût et à d’autres de générer un revenu [15]. Certaines activités de vente alimentaire fonctionnement certains jours de la semaine, à la manière d’un marché, pour la boucherie notamment, comme au foyer Bellièvre (13e), et la vente de maïs à l’automne dans la plupart des foyers.

Les riverains en sont les clients réguliers. Des ateliers de textiles et de tailleurs produisent des vêtements traditionnels, comme au foyer Bellot dans le 19e, et des orfèvres réalisent des bijoux dans le 11e. Des marabouts et des coiffeurs sont présents aussi à Lorraine, toujours dans le 19e. Fournisseurs de services ces activités procurent aussi du travail à des résidents sans emploi. Elles restent néanmoins l’enjeu de conflits avec les pouvoirs publics qui disent redouter les risques sanitaires et de sécurité et qui n’ont de cesse, au moins dans leurs discours, d’essayer de régulariser ces activités dites parallèles ou informelles.

Le foyer entre diaphragme et obturateur

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Ainsi, alors que le foyer est souvent perçu, en raison des conditions d’occupation précaires, comme un espace inaccessible et inquiétant, clos sur lui-même, il n’en est rien. Le foyer est ouvert sur la ville parce qu’il est centré sur l’activité professionnelle des habitants et tout particulièrement à Paris. Suivant le modèle haussmannien redoublé, la vie diurne et nocturne est rythmée par les allées et venues des travailleurs partant et revenant pour le travail (Agulhon 1983). Les commerces et artisans, dans et autour du foyer, ajoutent encore à cette ouverture. Mais la dimension économique de ces réseaux n’est qu’un élément de ce qui fait du foyer un lieu crucial de la vie urbaine dans les quartiers populaires, Epinettes, Belleville, etc., pour les immigrants comme pour les autochtones.

Le foyer est un « lieu de circulations migratoires », en ce qu’il participe de l’accueil et de l’orientation des nouveaux arrivants (Hilly et Ma Mung 2002) en parvenant malgré la distance et l’interruption officielle du système de la noria à conserver un lien avec le pays d’origine [16]. C’est un aspect déterminant pour le fonctionnement de ce lieu « transnational » (Portes 1999). Par les services et les ressources qu’il procure le foyer devient un point d’appui territorial constituant à lui seul une « centralité immigrée » dans la plupart des quartiers où ils sont implantés (Messamah et Toubon 1990). Par le biais de l’insertion professionnelle et de ces réseaux de solidarité et d’échanges internes et de voisinage les foyers sont particulièrement intégrés dans leur univers urbain et social. Si les résidents originaires de l’Afrique de l’Ouest sont majoritairement des salariés certains d’entre eux sont précarisés et correspondent avec les « sans titre » à la figure surexploitée du salarié néo libéral décrite par Claude-Valentin Marie (1999). Ils parviennent malgré tout à conserver des pratiques de solidarité spécifiques.

Les pouvoirs publics et les services sociaux ont souvent joué de cette ambiguïté et les considèrent comme à part tout en s’étant déchargés historiquement de leurs responsabilités sur ce fonctionnement « solidaire » qui est moins une communauté imaginée (Anderson 1996) qu’un organisation d’entraide de fait reposant que les réseaux familiaux et de voisinage. Celle-ci met en commun des ressources sous la contrainte de la ségrégation. Des travaux ont étudié le fonctionnement des systèmes de micro crédits ou tontine qui peuvent par exemple collecter pour les rapatriements des corps des résidents décédés mais aussi coordonner des projets économiques, sociaux, éducatifs ou sanitaires dans le quartier ou les villages d’origine (Daum 1998 ; Tarrière-Diop 1998). Cette solidarité et ces services se payent soit financièrement soit en travail. La sous-location des chambres est rentable et signale un autre élément d’appropriation de l’espace par les occupants. Le foyer fonctionne comme une enclave protectrice. L’organisation des résidents contribue à l’accueil des nouveaux arrivants en France et à la prise en charge des membres qui sont sans ressources ou sans travail, des personnes vieillissantes et malades. Cela constitue dans ces murs un espace de protection y compris pour des sans-papiers, des jeunes migrants et des demandeurs d’asile qui peuvent s’y reposer malgré la précarité de leur statut. Plusieurs collectifs de défense y sont représentés ou y entretiennent des relations et on peut voir dans les foyers Tillier dans le 11e arrondissement et Bisson dans le 20e arrondissement des affiches appelant à la solidarité et à la régularisation des sans-papiers. Mais le vieillissement des résidents, le surpeuplement, la précarisation de l’emploi et des statuts, pèsent sur les capacités de ce système d’entraide à répondre aux besoins croissants (Timéra 1996).

Les salles de prière pour les musulmans présentes dans plus des deux tiers des foyers sont aussi un élément central de la vie quotidienne. Elles ont constitué par le passé un enjeu de négociation entre les pouvoirs publics et les fractions conservatrices de la population des foyers pour contrebalancer et encadrer les revendications sociales et politiques des résidents. Elles ont encore aujourd’hui un rôle de contrôle mais cette fois des musulmans en général dans le contexte de l’après 11-Septembre. Car si certaines ne sont utilisées que par les résidents, lors de la prière du vendredi, de nombreux pratiquants extérieurs se rendent à la salle du foyer. Les fêtes religieuses sont aussi l’occasion de visites des familles et des proches extérieurs au foyer. Il constitue le domaine des rencontres et des échanges d’informations avec les familles du quartier et celles restées dans le pays d’origine. Les visiteurs peuvent aussi venir de Paris comme de région parisienne et font du foyer un lieu centralisateur essentiel au réseau familial dispersé.

Ainsi malgré la situation complexe et en partie en raison de l’enclavement des foyers dans le tissu urbain, les habitants de certains foyers ont réussi à s’approprier les espaces concédés et à en modifier les usages, à développer un système de solidarité collective interne et externe au foyer et à devenir des interlocuteurs des élus locaux qui y consentent volontiers. Avec les services sociaux ils considèrent que le foyer représente un moyen de contingentement et de contrôle des populations africaines.

Portrait de groupe avec femmes : instrumentalisation et ethnicisation des foyers africains

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Le foyer est un lieu de mobilisations politiques multiples. Tout en restant dans une invisibilité relative et demeurant largement en dehors des actions de politique sociale, les collectivités structurées de ces foyers sont devenues des partenaires et des interlocuteurs des acteurs publics, notamment municipaux. Elles ont ainsi opéré conjointement une contre-production de territoire (Lefebvre 1974 : 248) et de localité (Appadurai 2005 : 258) que l’on peut interpréter comme une base d’une action politique durable. Les actions de leurs porte-parole n’empêche pas l’instrumentalisation des collectivités africaines par un traitement ethnicisé et différentiel des populations comme l’ont montré certains travaux récents (Doytcheva 2003 ; Gottman 2003 ; Joppke 2004 ; Palomarès 2003).

Le roman-photo municipal

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Les municipalités concernées appréhendent ces espaces résidentiels de manière paradoxale [17]. D’une part ils dénoncent la situation dans les foyers, que se soit concernant l’état de vétusté des bâtiments, le surpeuplement et ses conséquences sociales. D’autre part ils dissertent sur les risques d’aggravation de la situation. Ils évoquent l’absence d’accès au logement et de suivi social pour les familles et les personnes âgées qui résident dans les foyers. Il est vrai que, les logements meublés disparaissant et en l’absence de solutions alternatives accessibles, cette population de ménages d’hommes seuls, parfois rejoints par des familles, ne cesse de rencontrer des difficultés pour se loger dans le périmètre parisien (Faure Levy-Vroelant Paycha 1999). Les édiles d’arrondissements semblent relativement bien informés sur les publics et sur leurs problèmes. En cela la situation parisienne est spécifique par rapport à d’autres municipalités où le foyer est totalement scotomisé ou méconnu des instances municipales (Simon 1999). Cela a par exemple une conséquence sur le discours, partagé entre les maires et la hiérarchie policière parisienne, en matière d’insécurité. En effet, et à la différence des propos stigmatisant tenus habituellement, les foyers sont présentés comme des lieux paisibles et très largement autocontrôlés par les résidents. Les municipalités considèrent que la situation dans les foyers se dégrade en partie en raison d’une « démission » des gestionnaires, y compris pour les petites mais sensibles nuisances liées aux fumées de cuisine et de stockage des ordures, et n’acceptent pas en conséquence la construction de nouvelles places en foyers sur leur commune (Simon 2003).

Les maires savent pourtant que la mise aux normes des foyers nécessiterait la création de nouvelles places. Mais l’argument qu’ils avancent alors pour justifier leur refus de le faire est que ces arrondissements sont déjà très denses en logements sociaux et souffrent d’un sous-équipement chronique en équipements sociaux et culturels. Agir dans le sens de la création de nouveaux foyers pour des résidents étrangers et qui en majorité n’ont pas la nationalité française n’est pas une politique dont l’affichage et la mise en oeuvre serait dans le contexte politique parisien porteur auprès des habitants de leur arrondissement. S’ils réclament l’accroissement des capacités, c’est dans le sens d’un rééquilibrage de la distribution de ces foyers vers les arrondissements qui n’en accueillent pas. Car ils considèrent que ces territoires de l’Est parisien sont saturés en matière de logement temporaire et le relogement des familles expulsées doit rester leur priorité.

Les municipalités entretiennent des relations anciennes et régulières avec les comités de résidents [18]. Ceux-ci sont précieux pour les mairies. Ils leur permettent d’avoir des interlocuteurs officiels avec lesquels peuvent être évoquées les questions du surpeuplement, de voirie et de régularisation des activités dites informelles. Ce dialogue est aux yeux des élus municipaux la preuve de l’intégration des foyers dans la société française selon le principe de double métonymie évoqué plus haut (les comités pour le foyer et le foyer pour l’ensemble des résidents). Au-delà du dialogue, les résidents sont les partenaires de la gestion des foyers comme au foyer Bisson dans le 20e, autogéré en raison de la vacance de l’association gestionnaire. Aucun édile interviewé n’évoque de rejets des foyers de la part des riverains. Eux même expriment cependant une vision méfiante des habitants empreinte d’essentialisme. Par exemple les élus évoquant les salles de prière dans les foyers très fréquentées en l’absence de suffisamment de lieux de culte dans les arrondissements, n’échappent aux discours convenus et craintifs sur le repli communautaire et religieux. Soit l’immigré post-colonial est un mineur et un incapable et il ne peut s’organiser convenablement et efficacement seul sans le secours des autorités, soit sa capacité à l’organisation fait de lui une menace communautaire, opaque et menaçante dans les modalités et dans ses objectifs.

Le négatif des politiques sociales

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En plus des comités de résidents de nombreuses associations sociales et humanitaires interviennent en partenariat avec les mairies pour s’occuper de sensibilisation, de dépistage et de suivi médical (Migrations santé et Afrique Partenaires Services) ou d’aide administrative (Interservices Migrants). Elles peuvent servir de relais d’opinion auprès des édiles en cas de besoin. En matière sociale, ces associations remplacent une action publique inexistante. Dans la plupart des arrondissements ce sont les services polyvalents de la direction municipale des affaires sanitaires et sociales (DASES) qui sont censés intervenir leur laissent la place. La plupart des intervenants que nous avons rencontrés constatent que la situation est préoccupante mais pas dramatique. Le foyer n’est jamais conçu comme une priorité malgré la situation sanitaire catastrophique (vieillissement, saturnisme, tuberculose, HIV, maladies tropicales, maladies professionnelles). L’action consiste alors à contingenter les malades. Le foyer s’avère même être un recours résidentiel officieux pour accueillir des familles africaines expulsées et en terme d’aide alimentaire lorsque les services sociaux « ne parviennent pas à trouver de solution ». Si les services sociaux sont informés de la situation ils n’interviennent ni pour traiter les problèmes d’ensemble tels le surpeuplement ou le vieillissement ni pour prendre en charge les isolés qui représenteraient une surcharge de travail pour les assistantes sociales. Elles n’entrent en scène que lorsque des familles se retrouvent à la rue ou lorsque des puéricultrices des PMI (Protection maternelle et infantile) sont informées de présence d’une femme enceinte dans un foyer. Il n’y a pratiquement aucun partenariat régulier avec les gestionnaires, qui ne sont pas considérés comme des travailleurs sociaux (que ces derniers d’ailleurs ne connaissent pas) et sur qui la responsabilité de la situation est rejetée. Tout au plus les services sont sollicités dans les cas de retard de paiement et d’impayés de redevance pour l’obtention d’une procédure de fonds de solidarité logement (FSL).

Tout se passe comme si l’ensemble des acteurs s’était accommodé de la situation. Les assistantes sociales reçoivent bien les résidents à l’occasion mais elles ne se rendent pas directement dans les foyers car les visites à domicile concernent les familles, qui ne sont pas censées habiter dans les foyers... Des expériences dites « de permanences thématiques » conduites par les services sociaux de secteurs ont été mises en place mais, aux dires des responsables, elles ne sont pas couronnées de succès... Les dépistages de la tuberculose auprès des résidents ne laissent pas apparaître de « problèmes particuliers » dans un contexte local et national d’augmentation des cas, particulièrement chez les étrangers. La situation est tellement bénigne qu’il est recommandé aux membres des services sociaux qui sont enceintes … de ne pas y intervenir. Cette méconnaissance des populations facilite la prolifération des stéréotypes facilement récupérables pour dénoncer leur présence, surtout quand ils protestent. Car une grève couve toujours dans les foyers de Paris [19].

Instantanés des foyers de contestation

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Des résidents contestent le mode de gestion de certains foyers et suspendent le paiement de leur « redevance » (« Arbustes » dans le 14e) et se sont mobilisés contre des programmes de réhabilitation qui entraînaient des réductions de capacité des établissements. Les « décloisonnements » débouchent sur des propositions de relogement des résidents officiels vers la grande banlieue et posent à des problèmes d’activités aux ouvriers employés à Paris. Pour les résidents officieux, c’est l’expulsion. Cette déterritorialisation comporte des risques de désocialisation pour tous et une perte de droits pour les demandes de logement social pour les premiers.

Les représentants de certains comités de résidents ont constitué un « comité central des foyers Soundiata » et ils sont soutenus par des groupes comme le COPAF (Collectif pour l’avenir des foyers) fondé en 1996 en réponse aux conclusions erronées du rapport Cuq et à la dégradation des conditions de vie dans les foyers. Des représentants des principales associations de défense des droits des étrangers participent à ce collectif. Les voisins des foyers, commerçants et habitants, lient parfois la vitalité et la viabilité du quartier à la présence du foyer et à son maintien, comme nous avons pu le constater à l’occasion d’entretiens informels avec des commerçants et des habitants voisins du foyer Tillier dans le 11e, pourtant présenté comme une source de nuisances. Le poids de la collectivité résidente est encore renforcé par le surpeuplement qui permet aux résidents de bloquer le mode de peuplement administratif habituellement pratiqué par les gestionnaires et les tutelles publiques des foyers. Les collectivités des foyers peuvent donc bénéficier de quelques avantages tactiques dans les conflits avec les autorités et les gestionnaires. Le souci permanent des pouvoirs publics d’éviter toute visibilisation des contestations d’étrangers les pousse à une certaine tolérance et à des compromis pour renvoyer les foyers dans leur anonymat et leur invisibilité.

Conclusion : vers la camera lucida  [20] ?

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L’exemple des foyers de travailleurs migrants de Paris est révélateur d’un processus particulier à l’œuvre dans l’installation et l’intégration des migrants africains. Ils sont collectivement parvenus à s’approprier durablement les foyers de travailleurs conçus au départ pour une occupation temporaire mais dans lesquels ils ont été durablement relégués du fait d’une politique urbaine et du logement clairement discriminatoire envers les célibataires et les familles ouvrières ou employées immigrées. Ces résidents forcés de foyers ont composé avec ces contraintes du cantonnement spatial dont ils ont fait la base d’un réseau social d’intégration original fondé sur un système à la fois local et transnational d’échanges et de soutien aux nouveaux arrivants. Ce mouvement s’est fait en partie avec l’assentiment des pouvoirs publics qui le gardent sous contrôle (en le finançant parfois, en l’institutionnalisant souvent et en l’instrumentalisant). Le séjour de ces travailleurs est encore présenté comme provisoire et le fonctionnement des foyers comme naturellement « communautaire » en raison des origines culturelles des résidents alors qu’il est en fait le produit de l’action publique envers des migrants coloniaux puis post-coloniaux. Dès l’origine le foyer a cherché à éviter une dispersion des populations et a « économisé » leur prise en charge directe et totale par l’Etat ou les employeurs dans une forme inédite (au moins en métropole) de paternalisme confié aux « chefs » de communauté. Ce fonctionnement discret cantonné à des lieux confinés, répulsifs et dispersés et gérés spécifiquement est passé relativement inaperçu dans une grande agglomération comme Paris.

Pour remettre la réalité occultée des foyers à l’endroit il faut se demander si et à quelles conditions cette politique d’insertion ségrégative peut déboucher sur une participation complète et non ségrégative de ceux qui en sont les cibles. L’assimilation définitive des habitants des foyers passe-t-elle à Paris comme en province par la disparition de ces collectivités résidentielles dans un double mouvement de mise aux normes des logements et d’expulsion préventive des occupants ?

Au final les foyers de Paris représentent des laboratoires de développement d’épreuves inédites. Celles-ci révèlent et fixent un modèle original d’intégration des populations immigrantes dans la ville. Ce modèle d’insertion ségrégative repose sur une relégation/intégration spatiale partielle (les migrants sont au cœur de la ville mais dans des logements hors normes) et une double relégation/intégration sociale (par le travail et l’habitat). Le foyer permet aux immigrants célibataires ou non de s’intégrer grâce aux autres habitants, comme dans le modèle américain d’intégration décrit par Thomas et Znaniecki (1998 [1919]). Huis-clos de survie invivable il est aussi en prise avec la ville. Mais les acteurs sociaux et politiques sont-ils capables à leur tour d’envisager une ouverture vers ces « chambres obscures » ?

Marc Bernardot, Université du Havre, cyberns@wanadoo.fr


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Virilio Paul, (1993 [1976]) L’insécurité du territoire, Paris, Galilée.

Weil Patrick, (2005 [1991]), La France et ses étrangers. L’aventure d’une politique de l’immigration de 1938 à nos jours. Paris, Gallimard.

Publications récentes :

« Au cœur de Saint-Mître, sociologie d’un centre de séjour surveillé (1944-1945) », Déviance et société, 2005-1.

« Etre interné au Larzac, la politique d’assignation à résidence surveillée durant la Guerre d’Algérie (1957-1962) », Politix, 2005-1.

« Entre répression policière et prise en charge sanitaire et sociale : le cas du centre d’assignation de Larzac (1957-1962), Bulletin de l’IHTP, 80, 2004.

« Le pays des mille et un camps : Approche socio-historique des espaces d’internement en France au XXe siècle », les Cahiers du Cériem, 2002-10

NOTES

[1] . Définitions extraites du Petit Dictionnaire Robert [1990], p. 282 et du Dictionnaire de notre temps, Paris, Hachette [1989], p. 248.

[2] Nous avons proposé depuis quelques années l’hypothèse d’une fonction de miroir sans tain dévolue par les pouvoirs publics aux institutions spécialisées dans la gestion des populations immigrées, au premier rang desquelles on peut mentionner les gestionnaires de foyers de migrants. Ces institutions focalisent les critiques tout en parvenant à rendre invisibles les populations étrangères qu’elles prennent en charge. Elles permettent aussi aux pouvoirs publics de « garder un œil » sur les populations sans en être tenu pour responsable.

[3] Nous avons proposé une première interprétation des résultats dans notre communication « L’OPA des gueux. Appropriation et insertion ségrégative des habitants du logement contraint », présentée au colloque international Les villes comme tissu social : fragmentation et intégration (RC 21) à l’IEP de Paris en juillet 2005. La présente en est une version largement retouchée.

[4] « On appellera spatialisation tertiaire l’ensemble des gestes par lesquels un maladie, dans une société, est cernée, médicalement investie, isolée, répartie dans des régions privilégiées et closes, ou distribue à travers des milieux de guérisons aménagés pour être favorables (…). Elle engage un système d’options où il y va de la manière dont le groupe, pour se maintenir et se protéger, pratique des exclusions, établit des formes d’assistance, réagit à la peur de la mort, refoule ou soulage la misère, intervient dans les maladies ou les laisse à leur cours naturel. » (Foucault 1983 : 14-15).

[5] Les risques d’incendie sont grands lorsque des cuisines sont situées dans les étages. Aux multiples problèmes de conception s’ajoutent l’absence d’entretien, l’insuffisance des containers pour les ordures, les moyens d’évacuation des fumées et des vapeurs de condensation inopérants…

[6] La Sonacotra est présente à Paris depuis les années 1960 avec des foyers à chambres individuelles, dont celui de Chevaleret dans le 13e arrondissement. Mais cette société a longtemps suscité la méfiance des acteurs locaux en raison de sa dimension nationale.

[7] On retrouve ainsi des institutions centrales (présidence de la République, ministères de l’intérieur, du logement, de l’équipement, des affaires sociales), quelquefois représentées par des acteurs locaux spécifiques (la très puissante direction du logement de la préfecture de Paris), la mairie de Paris (avec des intérêts divergents et évolutifs mais dominée par l’adjoint au logement), des mairies d’arrondissements, des partis politiques, des intérêts financiers et immobiliers, des groupes de pression et des associations mais aussi des institutions spécialisées (Fonds d’action sociale), semi publiques (Sonacotra) ou associatives (Unafo).

[8] Le sigle CILPI signifie Commission interministérielle pour le logement des populations immigrées.

[9] Le rapport du député H. Cuq, proche de J. Chirac a provoqué une vive polémique. Celui de l’IGAS portant plus spécifiquement sur la vieillissement des immigrés en particulier en foyer est passé inaperçu.

[10] Cf. S. Zappi, « La Cour des comptes fustige trente ans de politique d’immigration », Le Monde, 24 novembre 2004.

[11] Rappelons que l’unité de compte dans les foyers reste le lit et non la personne qui l’occupe.

[12] Les retraités et les pensionnés représentent plus de 8 % de l’ensemble des résidents ce qui constitue un doublement depuis 1992.

[13] Certains foyers comme celui de Falguière dans le 14e comptent plus de 50 % de personnes de plus de 60 ans.

[14] Nous adoptons ici une terminologie différente des acteurs du système des foyers qui utilisent le mot de suroccupation.

[15] On trouve ainsi des commerces d’alimentation et de produits de première nécessité. Ils sont le plus souvent installés dans les halls des établissements soit parfois dans les étages (comme au foyer Clisson dans le 13e).

[16] Les échos des campagnes électorales au Sénégal ou au Mali sont perceptibles par voie d’affichages et sans doute de débats, les matchs de football aussi, diffusés pendant la coupe d’Afrique des nations par exemple.

[17] Les entretiens que nous avons pu avoir avec les responsables de plusieurs arrondissements (13e, 19e, 20e) en témoignent.

[18] Des représentants des foyers sont présents dans les comités de quartiers et sont quelquefois, comme dans le 13e, présents au sein du Bureau d’animation du conseil.

[19] On peut même dire que les premières revendications structurées dans les foyers de travailleurs, à l’origine des grandes grèves de résidents des années 1970, ont vu le jour dans des foyers africains de l’Oise en 1968. Voir les plaintes formulées par le Regroupement des travailleurs maliens en France (R.T.M.F.), basé à Bondy. La Fédération des travailleurs d’Afrique Noire immigrés publie en juin 1970 « Le Toumaranké-l’étranger » dénonçant le comportement des gérants ou l’absence de prise en charge sociale. Cf. aussi le « Rapport sur les violences et les comportements racistes anti-africains des directeurs de foyers Aftam de l’Oise », de l’Union des travailleurs africains de l’Oise en octobre 1980, « Le Manifeste de la Fétrami », Paris, mars 1976, et le « Programme pour une véritable action sanitaire et sociale dans les F.T.M. », 1977.

[20] Terme de physique. Instrument d’optique dit aussi chambre claire, qui sert à dessiner et permet de voir en même temps les objets et le papier. Littré, dictionnaire de la langue française, Versailles, Britannica, (1996), p. 703