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À traduire

Recueil Alexandries

janvier 2012

Darko Suvin

Phases et caractéristiques du(des) marxisme(s)

résumé

Aux contradictions raisonnables énoncées au sein du marxisme, s’ajoutent des tonnes d’ordures destinées à empoisonner les puits. Il y a non pas un seul et unique marxisme, défini et final, mais bien trois phases qui peuvent y être discernées : la première (vers 1878-1917), la moyenne (1917-56 ou, mieux, 1968), et la tardive (1968-90 ?). Ce texte discute de leurs profils. La République socialiste fédérative de Yougoslavie est prise comme un exemple de cette troisième phase, et la fin d’un paradigme du “marxisme en tant que science” est postulée. Il reste le travail de Marx et les leçons des marxismes pour désigner le communisme comme un retour autocritique, sans fin, de la révolution démocratique.

Etat : article traduit de l’anglais

à propos

Article de Darko Suvin "Phases and Characteristics of Marxism(s)" posté en anglais le 6 janvier 2012 ici même par TERRA. La traduction française par Béatrice Bachelier (abonnée de TERRA-Mensuel et collaboratrice bénévole du réseau) que voici est publiée avec l’autorisation de l’auteur le 17 janvier 2013. TERRA remercie l’auteur ainsi que la traductrice de leur collaboration hautement appréciée.

Mots clefs

citation

Darko Suvin, "Phases et caractéristiques du(des) marxisme(s)", Collections À traduire, Recueil Alexandries, janvier 2012, url de référence: http://www.reseau-terra.eu/article1230.html

Y croaban las estrellas tiernas. (Et les tendres étoiles croassaient)

Federico García Lorca, Un poète à New York

Sur Marx, “marxisme” et Histoire [1]

Ce dernier quart de siècle, nous avons assisté à un spectacle compréhensible quoique de mauvais goût, que l’on peut intituler « l’empoisonnement du puits ». Durant les guerres, l’on empoisonne les puits afin que personne ne puisse y boire, et le turbo-capitalisme victorieux craint que le marxisme puisse malgré tout relever l’une de ses neufs têtes d’hydre et entraver le profitable démocide et écocide. C’est pourquoi, aux contradictions raisonnables qui peuvent (et qui doivent) être énoncées au sein du marxisme, s’ajoutent des tonnes d’ordures destinées à empoisonner les puits. Cet article constitue donc un geste d’hygiène mineur.

Notre souci premier doit être le fait que les attentes historiques de Marx, voire parfois ses prophéties, non seulement ne se sont pas réalisées en 125 années depuis sa mort, mais semblent aussi, ces dernières décades, s’être encore, plus que jamais, éloignées de leur accomplissement. Nous pourrions répondre, avec Badiou, qu’aucune hypothèse scientifique ne peut se voir définitivement rejetée tant que n’est pas apparu un successeur qui l’englobe et la surpasse (comme le fit Einstein avec Newton). Ceci ne s’est pas produit pour le marxisme, il demeure donc, comme le disait déjà Sartre dans les années cinquante, le plus lointain horizon de toute pensée libératrice en matière de justice sociale. Je suis d’accord avec Badiou et avec Sartre, mais j’aimerais ici aborder celles des caractéristiques soit du système de Marx soit du marxisme (ou des marxismes !) qui se sont, jusqu’ici, avérées fausses.

La première est l’optimisme excessif qui consiste à croire qu’une combinaison de philosophie à la fois scientifique et critique et de révolte prolétarienne parviendraient relativement vite à démolir les relations de production basées sur l’exploitation de la main-d’œuvre vivante – nous pourrions dire de nos jours : non seulement du prolétariat industriel mais de tous ceux qui vivent de leur travail ou qui travaillent pour vivre, contrairement à ceux qui vivent du capital investi ou des salaires gagnés au service du capital (par exemple, les politiciens et autres personnels dirigeants). A part quelques exceptions glorieuses mais assez éphémères, le prolétariat (et en particulier la paysannerie, principal protagoniste de toutes les révolutions communistes du XXe siècle par le nombre) s’est surtout soucié d’un travail urbain stable et bien payé. La science critique et la philosophie, par contre, se basaient sur la « conscience malheureuse » dans/de la seule classe qui les produisait massivement, à savoir parmi les citoyen intellectuels classiques qui passaient au prolétariat – tels que non seulement Marx et Engels, mais aussi Lénine, Trotski ou Luxemburg. Ceci inclut tous les témoignages de cette conscience dans les arts (par exemple, dans la littérature en prose de Balzac à Stendhal, via les grands Russes du XIXe siècles de Tolstoï à Tchékov, et jusqu’à Proust, Dos Passos, Kafka, Joyce et Brecht). C’est précisément dans l’art que survit encore, dans une certaine mesure, ce type de conscience, tandis que le bourgeois a décliné de l’état de citoyen au positivisme pur et à l’économisme du capitalisme victorieux. La nouvelle classe dirigeante globalisée ne reconnaît plus aucune sorte de valeur à part le succès mesuré en termes de profit. Son nihilisme n’est gouverné que par la loi de l’accumulation infinie du capital, elle est sourde et aveugle aux coûts humains et écologiques effrénés qu’elle engendre.

Le second échec, non pas chez Marx mais dans de nombreux mouvements marxistes, est un glissement décisif dans l’emphase historique principale : de son humanisme, qui avait pour but la libération des travailleurs, vers la tendance à un maximum de production la moins chère possible – donc vers le « productivisme » et l’ « économisme ». Ceci était dû, pour une part considérable, au fait que les idées marxistes sont parvenues au pouvoir dans les pays, de l’Union soviétique et l’Europe de l’Est (y compris la Yougoslavie) à la Chine et au Vietnam, où l’industrialisation commençait tout juste, où c’était certainement une condition préalable à tout développement ultérieur. Mais ce glissement était aussi exclusif, et combiné à l’absence de racines ouvrières plus profondes, il contribua à une privatisation de la vie quotidienne en tant que dernier refuge, incluant la consommation frénétique. Sa perspective historique était une foi dans le progrès social continu et inévitable. Ces trois facteurs, à savoir le productivisme avec l’économisme, la privatisation avec le consumérisme, et la foi en un progrès automatique (qui ne nécessitait que le pouvoir du parti communiste), étaient tous d’origine bourgeoise et ouvraient la porte au mode de vie capitaliste.

Une brève approche critique de l’histoire du marxisme est donc recevable qui applique au marxisme lui-même, comme l’ont d’abord compris Karl Korsch et ses collègues allemands Brecht et Benjamin, le slogan de Marx « la critique implacable de tout ce qui existe ».

Le marxisme peut se comprendre comme un domaine de forces théoriques et pratiques qui suivent une variante de ce qu’elles considèrent être les conceptions principales de Karl Marx. Marx est mort en 1883 et a laissé aux générations futures un appareil catégorique pour interpréter la société humaine et son histoire, le seul digne de considération sérieuse. Lesquelles des catégories de Marx sont d’une importance centrale, ceci demeure une question non résolue, mais j’ose avancer qu’elles peuvent se diviser en perspectives et en notions. Ses perspectives constantes sont premièrement l’immanence absolue (cette temporalité-ci) de la durée humaine comme histoire et la nécessité absolue de la libération de chaque individu, qui à son tour dépend de la liberté collective de tout le monde. Les notions postérieures, développées petit à petit, sont : l’aliénation des possibilités créatrices du genre Homo présentes chez l’individu, le mode de production centré sur la dialectique des forces de production avec les relations de production, et le capitalisme comme mode de production basé sur l’exploitation du surcroît de travail des ouvriers. Structuraliste avant le structuralisme, Marx a traité de la structure profonde de la communauté humaine en général et du capitalisme en particulier. Son système est resté inachevé, mais il possédait deux caractéristiques des systèmes épistémologiques modernes – l’ouverture et l’ « épaisseur » dialectique, contradictoire. L’œuvre de Marx exige d’être achevée par un lecteur critique, car chacun des processus clés y est et à la fois n’y est pas tel qu’il semble être à première vue. Au lieu de constituer une construction monumentale, ses grandes idées ressemblent davantage à un grand chantier de construction en pleine activité – très prometteur pour le lecteur marxiste désireux d’y travailler lui-même.

En conséquence, tout MARXISME UN ET UNIQUE, DEFINI ET FINAL EST UN MYTHE : Il existe autant de formes de marxisme qu’il existe (par exemple) de formes de christianisme ou de bouddhisme. Ou bien, si nous parlons de science, il existe autant de formes de marxisme qu’il existe de théories de la physique ou de l’évolution animale. Cependant, tous les marxismes sont les membres plus ou moins couronnés de succès d’une famille qui a évolué à partir de son système ouvert (comme c’est le cas pour les familles du Christ, de Gautama Bouddha, de Newton ou de Darwin). Ainsi, chacune des phases des mouvements marxistes a trouvé dans la richesse du modèle épistémologique (cognitif) original ce que recherchaient l’intérêt central et l’attente, le « mandat social » de ces classes – et pour finir de ces Etats - qui adoptèrent ou pouvaient adopter le marxisme. D’autre part, le modèle de Marx était, à mon avis, fondamentalement simple (quoique fort élaboré) et cohérent : son noyau traite de l’aliénation des possibilités humaines, des besoins qui étaient tous devenus, après la révolution industrielle, tout à fait réalisables, mais étaient, dans le capitalisme, bloqués par son exploitation du travail humain et par le fétichisme des produits de consommation.

Le noyau de base du marxisme pouvait donc agir comme source d’inspiration sur le long terme et à différentes périodes historiques.

Sur cette base, et suivant les pas de quelques autres philosophes, je diviserai grossièrement le marxisme en trois grandes phases spatiotemporelles :

1) Le premier marxisme de 1878 à 1917 : il a pour site l’Europe ; sa force principale ou organisation prépondérante est le Parti social-démocrate allemand ; les événements principaux sont la dépression de 1873 à 1896, la montée de l’impérialisme et de la bureaucratie du parti, la Première guerre mondiale.

2) Le marxisme moyen de 1917 à 1956 ou 1968 : site : le monde entier ; sa force principale ou organisation prépondérante : le léninisme et le Parti communiste d’URSS ; les événements principaux : la Révolution d’Octobre et la fondation de l’URSS, la Grande dépression de 1929, la montée de la contre-révolution staliniste et du fascisme, la Seconde guerre mondiale, la Révolution chinoise, la montée de l’empire américain.

3) Le marxisme tardif, approximativement de 1956 ou 1968 à 1991 : site : le monde entier ; sa force principale : manque ; les événements principaux : la Guerre froide, la dégénérescence des Partis communistes au pouvoir, les tentatives dissidentes pour le réformer, le retour d’une forme totalement éhontée de capitalisme et d’impérialisme.

Le premier marxisme

Cette période débute avec la première systématisation partielle du système de Marx, par son ami et collaborateur Friedrich Engels dans Anti-Dühring, publié en 1878. Peu après, en 1882, le premier journal « marxiste » paraît, Neue Zeit, avec Kautsky pour rédacteur en chef. C’est au cours de cette phase qu’est né « marxisme », à savoir une codification de l’ouvrage de Marx sous la forme d’un « -isme » canonisé – qui connut de grands succès de pénétration de masse, mais se figea ensuite en URRS et dans la plupart des partis communistes de la seconde phase, et fut remis en question dans la troisième (comme on le sait, Marx lui-même avait déclaré qu’il n’était pas marxiste).

Si nous devons rechercher la caractéristique de base de la social-démocratie naissante, c’est dans son modèle social d’économisme réducteur et de philosophie positiviste du progrès que nous pourrions la trouver. Celui-ci correspondait au « mandat social » (ce mandat étant le fruit d’une forte médiation bien sûr) d’une classe ouvrière organisée politiquement et d’intellectuels bourgeois dissidents à l’époque de la seconde Révolution industrielle, que les historiens nomment aussi « la nationalisation des masses ». Ce bloc historique trouva dans le Parti social-démocrate la machinerie qui convenait pour l’intégration et l’identification de chacun de ses membres ainsi que pour leur adhésion collective et active. Son pilier était le type de « travailleur conscient », c’est-à-dire un membre éduqué du parti politique et du syndicat qui allait avec, et un adepte discipliné de la bureaucratie nouvellement créée du parti et du syndicat. Les forces de production devinrent en conséquence « la base » de la société et des actions visant à changer celle-ci, et les relations de production une sorte de ballon attaché et qui se déplaçait au gré des mouvements de la base. Le projet d’émancipation perdit largement de vue les perspectives anthropologiques de Marx, fondés sur la nature des possibilités humaines, et se transforma en une mixture de facteurs économiques et politiques prédestinés à mener au “socialisme” : les militants avaient besoin d’une économie et d’une foi en la victoire, pas d’une philosophie. Marx avait pourtant proclamé le contraire, que “l’histoire ne fait rien ; . . . elle est le résultat de la pratique humaine” –par exemple de la pratique révolutionnaire.

Les intellectuels avaient cependant besoin d’une philosophie, et ils la prirent dans la forte opposition d’Engels entre le matérialisme, qui était scientifique et révolutionnaire, et l’idéalisme, qui n’était ni l‘un ni l’autre ; Plekhanov simplifia ensuite cette opposition pour en faire un “monisme” (s’inspirant du Darwinisme populaire). Il convient de noter qu’Engels, bien que se considérant, de manière réaliste et respectueuse, seulement comme un compagnon de lutte du grand Marx, était un génie authentique et – à la différence de Marx – il écrivait de façon claire et compréhensible. C’est ainsi que la plus grande part du « marxisme », dans cette première phase ainsi que dans la seconde, était en fait de l’ « Engelsisme ». Néanmoins, ce type de doctrine se prêtait à une systématisation fermée et extrêmement simplifiée, bientôt nommée « matérialisme historique » et « matérialisme dialectique ».

Engels mourut en 1895, un an avant la fin de la dépression économique de toute cette génération et l’expansion rapide du capitalisme, soutenue, entre autres choses, par les grandes inventions technologiques au début du XXe siècle : automobile, avion, électrification. Il est important de noter que toute cette première phase (et, avant elle, Marx lui-même) s’était limitée à l’Europe, avec une influence seulement marginale aux Etats-Unis d’Amérique, dès lors que les colonies étaient considérées, jusqu’aux études de Marx sur l’Irlande et la Russie et aux travaux de Rosa Luxemburg, une « tâche civilisatrice » de la bourgeoisie, peut-être sale mais nécessaire. La social-démocratie bureaucratisée et sa seconde Internationale récoltèrent de fort grosses miettes de la table de cette expansion, qu’ils perçurent comme étant beaucoup moins dangereuse que les aventures révolutionnaires dont ils continuaient de parler. En conséquence, ils ne s’opposèrent pas au déclenchement de la Première guerre mondiale, qui devait virer à l’horrible massacre (en premier lieu pour le prolétariat). Les exceptions marginales étaient extrêmement intéressantes, car elles ouvraient la seconde ère du marxisme : c’étaient les Bolcheviques de Lénine, les socialistes serbes, et Luxemburg…

Le marxisme moyen

La remarque pertinente a été faite que l’ouvrage organisationnel riche et original de Lénine, Que faire ? fut publié en 1903 et la Théorie spéciale de la relativité d’Einstein en 1905, et que cette comparaison ne peut paraître saugrenue qu’aux seuls fervents adeptes et fervents ennemis du marxisme vulgaire. La relation de Lénine à Marx était très semblable à celle entre Einstein et Newton (et Badiou ajoute aussi celle entre Paul de Tarse et Rabbi Yehoshua, ou St. Paul et Jésus, si vous voulez). Einstein, bien sûr, n’a pas aboli Newton, mais sa théorie (à la quelle il ajouta une Théorie générale de la relativité en 1916, tout comme Lénine ajouta L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme et L’Etat et la Révolution, en 1916-1917) ébranla profondément certains principes de base de la physique de Newton. L’espace-temps de Lénine n’était plus seulement le capitalisme mais l’impérialisme super destructeur, une époque durant laquelle le progrès industriel apporte au moins autant de mutilation que d’amélioration de la vie (et cette proportion a, depuis la Seconde guerre mondiale et un plongeon dans l’État-providence provoqué par la peur du communisme, bien empiré dans la Guerre sainte permanente d’aujourd’hui). Dans le léninisme, les peuples colonisés étaient une sorte de prolétariat global, au moins aussi important pour une révolution victorieuse que les travailleurs métropolitains (Euro-Américains) qui eux-mêmes tiraient quelque petit profit du colonialisme.

De plus, la thèse réaliste de Lénine, selon laquelle les ouvriers de l’industrie de Russie pouvaient au mieux atteindre un état de conscience syndicale de l’ordre de la lutte pour les salaires, à moins que ne leur soient implantées les idées socialistes à partir de l’extérieur, par un parti militant, cette thèse changea radicalement l’optimisme de Marx et d’Engels à propos de la prédestination du prolétariat à "l’universel”, c’est-à-dire, à la classe émancipatrice. Lénine posa la question de la relation entre une avant-garde organisée et le prolétariat (au sens large), question qui parcourt toutes les formes de marxisme ultérieures jusqu’à nos jours et qui, à mon avis, est demeurée sans réponse définitive ; il a lui-même changé d’avis en périodes de poussées révolutionnaires en 1905 et en 1917. Le marxisme de Lénine est “fordiste,” c’est-à-dire constructiviste, sur le modèle d’une immense usine ou d’un chantier de construction où seul l’ingénieur de surveillance peut mener la danse. Cependant, son “centralisme démocratique” ajoute un plan, résultant d’un débat ouvert venant d’en bas et changeable au moyen de ce débat, à la volonté capitaliste inébranlable d’un entrepreneur génial monarchique. Quant à l’aspect épistémologique, après être passé par une première phase de positivisme rigide, Lénine revisita les dialectiques d’Hegel et de Marx durant la Première guerre mondiale et parvint à la conclusion qu’ “un critique idéaliste intelligent est plus près d’un critique matérialiste intelligent que d’un matérialiste stupide.” Ce désistement déviant s’accompagnait de théories hérétiques sur la possibilité et la nécessité d’une révolution prolétarienne en Russie, et donc d’une pratique qui se démarquait du positivisme social-démocrate du premier marxisme.

Peu après l’arrivée au pouvoir en Russie du « parti communiste » ainsi renommé qui surmonta une terrible guerre civile, Lénine mourut, et la construction devint « l’édification du socialisme » qui caractérisa cette phase à partir de ce moment (et ne se trouve nulle part dans les œuvres de Marx). Le théologien excommunié Loisy fit remarquer un jour que « Jésus annonçait la venue du Royaume des Cieux, et ce qui survint ce fut l’Eglise » : Marx et Lénine annonçaient la libération des travailleurs, et ce qui survint fut la dictature du Parti… Je ne veux surtout pas dire que le résultat fut noir et blanc ; au contraire, à mon avis, la Révolution d’Octobre était une rupture nécessaire et, si vous voulez, une rupture libératrice sacrée, comme l’a été la guerre révolutionnaire en Yougoslavie et en Chine. Dans l’URSS de 1917 à 1929, et dans la République socialiste fédérative de Yougoslavie jusque vers les années 1970, de même qu’à des périodes clés d’autres révolutions, le Parti était un Janus bicéphale, qui accomplissait d’important actes d’émancipation et quelques actes significatifs d’asservissement [2]. En bref, la meilleure façon de comprendre le « marxisme moyen », c’est de voir qu’il oscillait entre les poussées profondément démocratiques du léninisme plébéien originel et les dures réalités de la conservation du pouvoir qui ont culminé dans l’oppression politocratique staliniste du peuple, et ont résulté en un arrêt de son développement, pour finir par un retour contrôlé ou bien incontrôlé du capitalisme.

Le visage noir de Janus est surtout incarné par Staline, dont on peut faire remonter le pouvoir absolu à 1928/29. Sous son gouvernement, “histmat” et “diamat” menèrent à sa question en 1944, “ Combien de divisions a le Pape ?” qui – lorsque les relations de production prirent leur vengeance sur les forces de production – trouva sa réponse dans le mouvement Solidarité “ plus de >divisions< que vous.” Il s’agissait d’un positivisme pseudo-scientifique (donc de matérialisme) qui désirait laisser un certain espace libre pour un changement considérable au sommet (donc l’histoire et la dialectique). Contrairement à cela, la position épistémologiquement beaucoup plus fructueuse de Marx était que la “théorie [ou une idée, D.S.] devient une force matérielle quand elle saisit la conscience des masses”... La théorie ou l’histoire de Staline était une orgie de totale prédétermination, supportée par des manœuvres tactiques brutales dépourvues de tout principe (que Marx aurait qualifiées de begriffslos) à part celui de garder le pouvoir. Essentiellement, c’était une phase de foi pseudo-scientifique, athéiste au sens neutre d’une croyance en quelque chose qui n’existait mais qui menait quand même à des conséquences pratiques énormes (par exemple, le sacrifice enthousiaste). À propos, quelques-uns des ouvrages principaux de Marx (tels que le ms. de 1844 et Grundrisse) viennent seulement maintenant d’être sauvés de la critique poussiéreuse des rayonnages d’antiquaires.

Cependant, il faut souligner que le Tsar Koba le Terrible réussit à construire, sinon le socialisme, mais au moins un industrialisme collectiviste à l’intérieur des limites d’un pays immense, grâce à quoi l’Ouest et l’URSS réussirent à battre Hitler – pas une petite prouesse. Quelle sorte de système social a été formé sous sa direction, ceci n’est pas encore bien clair, bien qu’il soit très clair qu’il se basait sur l’accumulation primitive violente de capital aux dépens de la population ouvrière et spécialement de la paysannerie. Il suffit de dire que ces formes rigides de relations de production ne pouvaient pas rivaliser avec le développement des forces de production dans le capitalisme, en particulier après les années 1950, et qu’elles périrent dans ce duel. “Le mandat social” était (tout comme en RSFY et en Chine) la garantie d’un emploi assuré et de services sociaux (dont l’éducation comme voie principale vers le progrès social) pour les masses de paysans qui venaient s’entasser en grand nombre dans les villes, aussi primitifs que ces services puissent avoir été dans certains pays.

Dans l’ensemble, le « marxisme moyen » a joué le rôle principal dans le plus grand avancement social des classes inférieures dans l’histoire de l’humanité. Au sommet, néanmoins , une nouvelle classe dirigeante, une politocratie, s’est fermement établie et a fini par conclure (sauf en Asie et à Cuba) qu’elle serait bien plus en sécurité comme bourgeoisie capitaliste – même comme une bourgeoisie comprador c’est-à-dire le serviteur de pays et d’entreprises métropolitaines, comme en Europe de l’Est.

Le marxisme tardif et une rétrospective en guise de perspective

Savoir si la fin de la phase « léniniste » devrait se situer en 1956 ou en 1968 n’est pas encore clair. Les périodes historiques ne se terminent pas à une date particulière, nous pouvons donc trouver un compromis et dire que cette phase a pris fin à des moments différents en différents pays. Mais dans un monde plutôt unifié, où le reniement de Staline par Kroutchev en 1956 n’a pas brisé la stagnation de la société en URSS, un point charnière plus pertinent seraient les années autour de 1966 et 1968 : le début de la Révolution culturelle en Chine, des révoltes étudiantes en 1968 (qui constituaient, après l’anarchisme, le premier mouvement anticapitaliste au moins en apparence, à l’échelle mondiale, opposé aux partis communistes et au marxisme officiel des deux premières phases), la suppression de la réforme de Dubček en Tchécoslovaquie et le décrochage de l’autogestion yougoslave en tant que système expansif, et ainsi de suite. Le clou final dans le cercueil de cet interrègne riche et contradictoire a été la Crise pétrolière de 1973, puis la victoire de la politocratie en République populaire de Chine.

La question de base du marxisme tardif était comment débloquer le modèle figé et haï de la contre-révolution stalinienne, qui avait réduit à néant les débuts glorieux de Lénine. La recherche d’un nouveau “sujet de révolution” qui puisse tenir la place de, ou au moins figurer à côté du prolétariat industriel en échec, était frénétique : le prolétariat au sens des travailleurs et/ou des gens pauvres ; les techniciens et les intellectuels ; le “village planétaire” de Mao ; les femmes (dans la variante fournie par le féminisme socialiste) ; les gens “de couleur” ou les groupes ethniques ; même les étudiants de Marcuse ou les minorités sexuelles (ce qui était un peu désespéré). Puisque tout cela a échoué, il ressort que le problème avait pu être plus profond et ne résidait peut-être pas dans le Sujet mais dans la Manière. Peut-être que le goulot d’étranglement déterminant le mode de production sociale – ou la production de la société – ce ne sont plus les Forces de Production, qui dans un capitalisme développé surpassent déjà potentiellement les besoins de l’humanité, mais les Relations de Production, à savoir les relations entre les gens qui caractérisent une phase particulière des possibilités de production ?

En prenant la production dans son sens le plus large de « production de vie humaine », que Marx et Engels affectionnaient, je la comprends de deux manières différentes. Le premier type de relations de production central dans la pensée de Marx, plus restrictif et direct, est l’autonomie collective de bas en haut, intégralement, jusqu’au sommet du pouvoir, qu’il saluait avec enthousiasme dans la Commune de Paris, et que Lénine acceptait pleinement (jusqu’à ce qu’il sombre dans la boue et le sang de la bataille pour la survie). Cette idée devint bientôt tabou en URSS et au-delà, sauf dans le petit groupe dissident des « communistes de conseils » (Pannekoek, Gorter, Mattick). Du fait que Kidrič [3] – et plus tard Kardelj – la rétablirent en 1950, soutenus par Tito, je vais à partir de ce point prendre l’exemple de la République socialiste fédérative de Yougoslavie en tant que la plus représentative de tous les pays « socialistes » (bien que la Révolution culturelle chinoise mérite elle aussi une analyse méticuleuse). En Yougoslavie, d’énormes résistances au sein de la politocratie limitaient de fait l’autonomie en la figeant surtout au niveau des usines, où elle ne pouvait exercer d’influence décisive. Ceci, à mon avis, révèle le second domaine des relations de production, indirect et négligé, à savoir un déficit flagrant de démocratie plébéienne de bas en haut à l’intérieur du « socialisme », dans la prise de décision nécessairement conflictuelle de la société prise dans son ensemble : dans la commune, dans les médias, dans les organisations politiques, au parlement, et à tous les niveaux servant d’intermédiaires, incluant de manière cruciale son institution dirigeante de la prétendue avant-garde et en fait le parti communiste au pouvoir. La libération des relations au sein de la production directe industrielle et autre ne peut pas se développer correctement sans ce type de discussion sociétale, qui serait au moins aussi libre que dans le capitalisme parlementaire (ou dans l’URSS de 1921-26, ou à Cuba en 1961-1964). Incidemment, ce n’est qu’à cette phase que les autres ouvrages principaux de Marx réussirent à passer à travers les mailles du filet de la haine et de l’obscurantisme pour se faire publier.

Pourquoi l’autonomie intégrale est-elle parvenue à se figer ainsi ? Parce que les forces au sein de la Ligue des Communistes de Yougoslavie qui étaient en sa faveur (un groupe de personnes identifiées comme proches de Kardelj et Bakarić) n’arrivaient pas, ou du moins le prétendaient-ils, à briser la résistance opiniâtre de la plupart des dirigeants juste au-dessous du Comité exécutif de la LCY. Comment auraient-ils pu la briser ? Éh bien, comme dans toute stratégie efficace, en se trouvant des alliés. Qui auraient pu être ces alliés, mis à part les travailleurs avancés, déjà engagés et neutralisés ? Seulement deux, à l’évidence : les travailleurs paysans et l’intelligentsia. Comment aurait-on pu les inciter à agir ? En leur accordant la liberté de participation active dans l’élaboration des politiques dans le cadre des limites de la Constitution de la RSFY (qu’il convient, comme dans tout autre pays, de sauvegarder et de défendre). Ceci ne signifiait pas seulement la liberté d’exprimer son opinion, liberté qui existait dans une mesure respectable en RSFY – sûrement dans une plus large mesure que dans tout autre « socialisme » (bien que l’alinéa juridique choquant sur le délit d’opinion aurait dû être supprimé). Ceci signifiait en outre formuler des règles pour organiser des groupes capables d’exercer une pression sur le gouvernement afin de mettre en œuvre certaines mesures, ainsi que des règles pour leur accès aux médias de masse. Ce type de démocratisation pleine de vitalité aurait pu surmonter la difficulté historique qui s’est toujours acharnée sur les ouvriers, à savoir leur incapacité à passer seuls, sans un allié puissant, des grèves dans les usines au pouvoir dans l’État. Le développement de chaque État “socialiste”, de l’URSS à la Chine et Cuba, peut se voir comme une course entre les deux pôles d’une autogestion intégrale avec planification efficace (en matière de production et de société civile) et des tendances spontanées vers le capitalisme, inhérentes comme possibilité dans un juste désaveu de la terreur staliniste et en faveur d’un marché de consommateurs dans un monde capitaliste.

Mais à l’intérieur d’un État-Parti, tout ceci aurait fini par n’aboutir à rien si de telles discussions n’avaient pu se transférer à l’intérieur du Parti (LCY). Il aurait été nécessaire de régénérer la liberté d’organiser des factions et de larges débats, ce qui était la norme dans le mouvement marxiste, non seulement du vivant de Marx et Engels, mais aussi tout au long de son histoire jusqu’en 1921, par exemple avant chacun des (fréquents !) congrès du parti. Cette année-là, confronté à un énorme chaos économique et à la décision d’autoriser le commerce et l’économie capitalistes sous les « sommets dirigeants » du pouvoir étatique, Lénine crut que le Parti devait se refuser le luxe de factions pour UNE ANNÉE, et fit voter une interdiction par le congrès du Parti communiste russe. Staline grimaça un sourire discret et s’assura que cet interdit ne serait jamais levé : ceci devint son mot d’ordre de « monolithisme ». Malheureusement, Tito était un fervent partisan de ce principe, compréhensible et utile en Yougoslavie jusqu’en 1945, et peut-être même jusqu’en 1950, mais totalement contreproductif ensuite.

En conséquence, la rupture vers 1990 – et je reviens ici à l’ensemble du marxisme tardif – était double, et donc très profonde. C’était d’abord une rupture économico-politique, assez évidente au vu de l’enthousiasme, lors de la chute du Mur de Berlin, des gens de la RDA relativement prospère. A celle-ci s’ajoutait une rupture idéologico-philosophique : la totalité du « paradigme scientifique » du marxisme dans toutes ses trois phases s’écroula, pour toujours je pense.

Si je peux me permettre un trait autobiographique : lorsque, en tant que professeur canadien invité en Allemagne, j’appris en 1989 que Tudjman avait remporté les élections dans ce qui était alors l’unité fédérale de Croatie, j’écrivis le poème « Apparitions » (qui figure à la fin de mon livre de poésie Armirana Arkadija, Zagreb 1989). En guise d’épigraphe, j’y ai mis une citation du poète croate du XIXe siècle Kranjčević, dans laquelle Dieu dit à Moïse :

Tu périras dès que tu commenceras

Toi-même à ne pas croire en tes idéaux.

Si je traduis ceci en prose : Marx et Lénine ont fait l’expérience de nombre d’amères défaites politiques et économiques, par exemple, dans les années 1848, 1871 et 1905 ; de même le Parti communiste de Yougoslavie en a connu de 1921 au milieu des années trente. Cependant, l’horizon vers lequel poursuivre les efforts demeurait intact, seuls quelques chemins y menant avaient besoin d’être redéfinis. Maintenant, l’horizon aussi a besoin d’une redéfinition.

Ceci peut se faire sous deux conditions. Premièrement, nous ne devons renoncer ni à Marx ni aux leçons – pour le meilleur et pour le pire - de l’histoire du marxisme, en particulier celle concernant le rôle et le profil du parti d’avant-garde.

Un exemple : quelles étaient les sources les plus importantes de Marx ? D’après Engels, c’étaient (comme pour un Congrès de la seconde Internationale) la philosophie allemande, la pensée politique française et l’économie politique anglaise ; Lénine a répété ceci dans l’un de ses fameux articles qui ont servi d’introduction à toute anthologie de Marx dans le « marxisme moyen ». Toutefois, beaucoup de chercheurs ont montré, et de façon convaincante à mon avis, que les influences politico-philosophiques les plus profondes sur le jeune Marx, celles qui lui sont restées tout au long de sa vie et qui transparaissent dans ses études et ses écrits précoces (qui n’ont été publiés intégralement que récemment), ce sont les suivantes : Aristote, en particulier sa catégorie de Possibilité (dynamei on) ; Epicure, notamment son explication cosmogonique de la liberté en tant que déviation ou déflection d’une ligne droite (Lucrèce l’a traduit par clinamen, une inclination ou un écart) ; Spinoza, surtout sa négation emphatique de la justification religieuse pour le contrat social ; et, bien sûr, son principal aïeul Hegel, spécialement sa méthode dialectique comme synthèse inextricable de logique, ontologie et axiologie (dans laquelle aucune discussion significative de l’Être n’est possible sans discussion de la Valeur). Nul doute, Marx a enrichi tout cela au travers de ses études de la tradition révolutionnaire française, de Rousseau à Babeuf, et des « socialistes utopiques » ; et quand il se consacra à l’étude du capitalisme, il se tourna vers Ricardo et Smith. À en juger par toutes ces sources, le pire de tous les mondes possibles pour Marx était celui dans lequel il n’y aurait aucune possibilité de se libérer de la corruption de la Valeur causée par l’Aliénation ; c’est pourquoi il consacra toute sa vie adulte à l’étude des mystères du capitalisme ! Nous devons le suivre dans cette tentative – et le compléter. Reformulons ainsi sa fameuse (peut-être un peu trop fameuse) onzième thèse sur Feuerbach : « les marxistes ont interprété Marx ; la question est de le changer » - tout en préservant sa perspective émancipatoire et épistémologique constante. Pour ce que Freud nommait de façon si élégante Trauerarbeit – un travail de perlaboration et d’élaboration psychologique du deuil après la mort d’une personne importante pour nous et qui nous est chère, afin d’en supporter la perte – le temps est révolu.

Deuxièmement, nous devons compléter notre épistémologie (philosophie de la cognition) avec des idées qui conviennent non seulement à l’âge de la théorie de la relativité et de la cybernétique, d’internet et de la manipulation génétique, mais aussi à la bête mourante, et extrêmement dangereuse, du capitalisme financier, du terrorisme et de la guerre planétaire. Politiquement, ceci signifie qu’il faut insister sur une démocratie organisée de manière principalement directe – sans oublier du tout les intérêts de classe, mais en les intégrant avec tous les autres (de genre, ethniques, etc.) intérêts d’auto-détermination individuelle et de travail humain. Comme le conclut Kouvelakis dans son livre : “le communisme [est] le retour sans fin, auto-critique, de la révolution démocratique.”

La règle épistémologique constitutive de Marx peut se formuler ainsi : l’objet de la connaissance se juge en regardant en arrière à partir des possibilités futures, qui fournissent en rétroaction avec l’objet le critère normatif du jugement. Cependant, ceci nécessite une étude distincte. Une petite remarque : il ne reste probablement pas beaucoup de temps.

Mais si nous devions y arriver, nous pourrions vérifier la vue optimiste de Sartre dans sa Critique de la raison dialectique : « loin d’être épuisé, le marxisme est tout jeune encore, presque en enfance : c’est à peine s’il a commencé à se développer. »

Au fait, sur les 114 volumes prévus de l’édition nouvelle et (espère-t-on) enfin correctement révisée de Marx-Engels Gesamtausgabe (Œuvres complètes) en cours de publication par l’Académie des sciences de Berlin-Brandebourg, 58 sont parus à ce jour.


Phases and Characteristics of Marxism(s)

Abstract : To the reasonable contradictions to be articulated within Marxism, tons of garbage are added in order to poison the wells. There is no one and only, definite and final Marxism, but three phases are visible in it : early (ca. 1878-1917), middle (1917-56 or better ’68), late (1968-90 ?). Their profiles are discussed. SFR Yugoslavia is taken as an example of the third phase, and an end to the paradigm of "Marxism as a science" postulated. There remain the works of Marx and the lessons of Marxisms to point toward communism as the never-ending, self-critical return of the democratic revolution.


Y croaban las estrellas tiernas. (And the tender stars croaked.)

Federico García Lorca, A Poet in New York

On Marx, “Marxism,” and History [4]

For the last quarter of a century we have been witnessing an understandable, although unsavoury, spectacle that can be called “the poisoning of the well.” Wells are poisoned in war so that no one should drink from them, and the victorious turbo-capitalism fears that Marxism might nonetheless raise one of its nine hydra heads again and obstruct the profitable democide and ecocide. That is why, to the reasonable contradictions that can (and must) be articulated within Marxism, tons of garbage are added in order to poison it. This article is, therefore, a minor act of hygiene.

Our primary concern must be the fact that Marx’s historical expectations, sometimes even prophecies, not only failed to come true in 125 years since he died, but also seem to be farther away from being fulfilled in these last decades than ever before. We could answer, with Badiou, that no scientific hypothesis can be definitely rejected until such a successor appears who would encompass and surpass it (like Einstein did with Newton). This hasn’t happened with Marxism, so it remains, as Sartre already put it back in the 1950s, the farthest horizon of every liberatory thought on social justice. I agree with both Badiou and Sartre, but here I would like to touch upon those characteristics of either Marx’s system or Marxism (or Marxisms !) that have so far been proven wrong.

The first is the excessive optimism that a combination of scientific-cum-critical philosophy and proletarian revolt would relatively quickly succeed in demolishing the production relations based on exploiting living labour – nowadays we could say : not only of the industrial proletariat, but of all who live from their work or work to live, as opposed to those living on capital invested or on salaries earned from serving capital (for instance, politicians and other supervising personnel). Apart from some glorious but relatively short-lived exceptions, the proletariat (and especially the peasantry, the main protagonist of all the communist revolutions in the 20th century in terms of numbers) has mostly worried about secure and well-paid city work. Critical science and philosophy, on the other hand, were founded on the “unhappy consciousness” in the only class that massively produced them, namely in the classical citoyen intellectuals defecting to the proletariat—such as not only Marx and Engels, but also Lenin, Trotsky or Luxemburg. This includes all the testimonies of that consciousness in art (say, in prose literature from Balzac and Stendhal, via the great 19th-century Russians from Tolstoy to Chekhov, and all the way to Proust, Dos Passos, Kafka, Joyce, and Brecht). It is precisely art in which this kind of consciousness still survives to some extent, whereas the bourgeois has declined from the citoyen into pure positivism and economism of victorious capitalism. The new global ruling class no longer acknowledges any kind of value beside success measured in terms of profit. Its nihilism is governed only by the law of the infinite accumulation of capital, it is deaf and blind to the raging human and ecological costs it brings.

The second failure, not in Marx but in various Marxist movements, is a decisive shift in the main historical emphasis from his humanism, aiming at the liberation of labour, to the tendency toward a maximum of maximally cheap production – thus, toward “productivism” and “economism.” This was greatly influenced by the fact that Marxist ideas came to power in the countries in which industrialization was just beginning, from the USSR and Eastern Europe (including Yugoslavia) to China and Vietnam, where it was certainly a precondition of any further development. But this shift was also exclusive, and coupled with the lack of deeper working class roots made for a privatization of everyday life as the last haven, including frantic consumerism. Its historical perspective was a faith in ongoing and inevitable social progress. These three factors, namely productivism with economism, privatization with consumerism, and faith in automatic progress (that only needed the rule of the communist party), were all of bourgeois origin, and opened the door to the capitalist way of life.

A brief critical approach to the history of Marxism is therefore in order, one which would, as Karl Korsch and his German colleagues Brecht and Benjamin first realized it, apply Marx’s slogan of “the ruthless critique of everything existing” to Marxism itself.

Marxism can be understood as a field of theoretical and practical forces that follow some variant of what they consider to be the main conceptions of Karl Marx’s. Marx died in 1883 and left to future generations the only categorical apparatus for interpreting human society and its history that can seriously be taken into consideration. Which among Marx’s categories are of central importance is still an unresolved question, but I dare say they can be divided into horizons and notions. His constant horizons are primarily the absolute immanence (this-worldliness) of human duration as history and the absolute necessity of the liberation of every individual, which in turn depends on the collective freedom of all people. The later notions, developed bit by bit, are : the alienation of the creative possibilities of the genus Homo present in the individual, the mode of production centered on the dialectics of the production forces with the production relations, and capitalism as a mode of production based on the exploitation of the surplus labour of the workers. A structuralist before structuralism, Marx dealt with the deep structure of human community in general and of capitalism in particular. His system was left unfinished, but it possessed two features of modern epistemological systems – open-endedness and contradictory, dialectical “thickness.” Marx’s opus demands a completion in the eye of a critical reader because every key process in it both is and is not the way it appears to be at first sight. Instead of being a monumental building, his great insights look more like a big and busy construction site – very promising if a reader-Marxist is willing to work on it himself.

Therefore, any ONE AND ONLY, DEFINITE AND FINAL MARXISM IS A MYTH : there are as many forms of Marxism as there are (for instance) forms of Christianity and Buddhism. Or, if we speak about science, there are as many Marxisms as theories of physics and animal evolution. Nevertheless, all the Marxisms are more or less successful members of a family that evolved from his open system (as is the case in the families of Christ, Gautama Buddha, Newton or Darwin). Thus, every phase of the Marxist movements found in the rich original epistemological (cognitive) model what the central interest and expectation, the “social mandate,” of those classes—and eventually States—that adopted or could adopt Marxism, was looking for. On the other hand, Marx’s model was, in my opinion, essentially straightforward (although quite elaborate) and consistent : its core discusses the alienation of human possibilities, of the needs that had, after the Industrial Revolution, all become quite realisable, but were in capitalism blocked by its exploitation of living labour and by commodity fetishism.

Therefore, Marx’s core could act as an inspiration in the long duration and in different historical periods.

On this basis, and following in the footsteps of some other philosophers, I shall roughly divide Marxism into three spatiotemporal phases :

1) Early Marxism, approximately from 1878 to 1917 : its site is Europe ; the main force or leading institution is the German Social Democratic Party ; the main events are the depression from 1873 to 1896, the rise of imperialism and party bureaucracy, World War 1.

2) Middle Marxism, from 1917 to 1956 or 1968 : site : the whole world ; main force or leading institution : Leninism and the Communist Party of the USSR ; main events : the October Revolution and the inception of the USSR, the Great Depression of 1929, the rise of Stalinist counter-revolution and fascism, World War 2, the Chinese Revolution.

3) Late Marxism, approximately from 1956 or 1968 to 1991 : site : the whole world ; main force : lacking ; main events : the Cold War, the degeneration of the ruling communist parties, dissident attempts to reform it, the return of an utterly shameless form of capitalism and imperialism.

Early Marxism

This period begins with the first partial systematization of Marx’s system, by his friend and collaborator Friedrich Engels in Anti-Dühring, published in 1878. Soon afterwards, in 1882, the first “Marxist” journal appeared, Neue Zeit, with Kautsky as its editor. In that phase was born “Marxism,” namely a codification of Marx’s opus in the form of a canonized “-ism” – which had great successes of mass penetration, but later on petrified in the USSR and in most of the communist parties of the second phase, and was questioned in the third (as is well-known, Marx himself stated that he was not a Marxist).

If we are to look for the basic characteristic of the incipient social democracy, we might find it in its social model of reductive economism and the positivist philosophy of progress. This was in line with “the social mandate” (a very mediated one, of course) of a politically organized working class and dissident bourgeois intellectuals at the time of the second Industrial Revolution, which historians also call “the nationalization of the masses.” That historical block found in the Social Democratic Party the right machinery for the integration and identification of each member as well as for their collective and active membership. Its pillar was the type of “conscious worker,” that is, an educated member of the political party and trade union that went along with it, and a disciplined follower of the newly-created party and trade union bureaucracy. The production forces therefore became “the basis” of society and of actions aiming at its change, and the production relations a sort of tethered balloon that moved along with the shifts in the basis. The project of emancipation largely lost Marx’s anthropological horizons, founded in the nature of human possibilities, and turned into a mixture of economic and political factors predestined to lead to “socialism” : the activists needed an economy and faith in victory, not a philosophy. Marx however had claimed the opposite, that “history does nothing ; . . . it is the result of human praxis” –for example of revolutionary praxis.

The intellectuals nevertheless needed a philosophy, and they got it in Engels’s stark opposition between materialism, which was scientific and revolutionary, and idealism, which was neither ; Plekhanov then simplified this opposition into “monism” (drawing on popular Darwinism). It should be noted that Engels, although he realistically and respectfully considered himself just a co-fighter of the great Marx, was an authentic genius, and – unlike Marx – he wrote clearly and comprehensibly. Thus, much the greater part of the “Marxism” in that first, as well as in the second, phase actually was “Engelsism.” However, this type of doctrine lent itself to closed and over-simplified systematization, soon afterwards named “historical materialism” and “dialectical materialism.”

Engels died in 1895, one year before the economic depression of that whole generation ended and capitalism rapidly expanded, supported by, among other things, the great technological inventions at the beginning of 20th century : automobile, airplane, electrification. It is important to note that this whole first phase (and prior to it Marx himself) confined itself to Europe, with only marginal influence on the U.S.A., whereas the colonies were considered, until Marx’s studies of Ireland and Russia and the works of Rosa Luxemburg, perhaps a dirty but necessary “civilizing job” of the bourgeoisie. The bureaucratized social democracy and its Second International got quite big crumbs from the table of that expansion, which they perceived as being much safer than the revolutionary adventures they still kept talking about. Therefore, in 1914 they did not oppose the outbreak of the World War, which would turn into a horrible slaughter (primarily of the proletariat). The marginal exceptions were extremely interesting, for they opened up the second era of Marxism : they were the Bolsheviks of V. I. Lenin, the Serbian socialists, and Luxemburg . . .

Middle Marxism

It has been correctly observed that Lenin’s seminal organizational work What Is To Be Done ? was published in 1903 and Einstein’s Special Theory of Relativity in 1905, and that this comparison may appear odd only to the staunch followers and staunch enemies of vulgar Marxism. Lenin’s relationship to Marx was very similar to the one between Einstein and Newton (and Badiou also adds the one between Saul of Tarsus and Rabbi Yehoshua, or St. Paul and Jesus, if you like). Einstein, of course, didn’t abolish Newton, but his theory (to which he added a General Theory of Relativity in 1916, just as Lenin added Imperialism and State and Revolution in 1916-1917) put into radical doubt some basic tenets of Newton’s physics. Lenin’s spacetime was no longer merely capitalism but the super-destructive imperialism, an epoch in which industrial progress brings at least as much mutilation as advancement of life (and this proportion has since World War 2, after a dip into the Welfare State brought about by fear of communism, gotten much worse in today’s Permanent Holy War). In Leninism, the colonized peoples were a kind of global proletariat, at least as important for a victorious revolution as the metropolitan (Euro-American) workers, who themselves drew some small profit from colonialism.

Furthermore, Lenin’s realistic thesis that the industrial workers of Russia could at best arrive at the trade-union consciousness of a fight for wages unless socialist ideas were implanted into them from the outside, by an activist party, radically changed Marx’s and Engels’s optimism about the predestination of the proletariat for the “universal,” that is, the emancipatory class. Lenin posed the question of the relationship between an organized avant-garde and the proletariat (in a broad sense), which runs through all the subsequent forms of Marxism until the present day and has in my opinion remained quite unsolved ; he himself changed his views in periods of revolutionary upsurge, in 1905 and 1917. Lenin’s Marxism is “Fordist,” that is constructivist, on the model of a huge factory or construction site in which only the supervisory engineer can run the show. However, his “democratic centralism” does add a plan, brought about by means of an open debate from below and changeable through that debate, to the capitalistic self-will of a monarchic genius entrepreneur. As for the epistemological aspect, having gone through an early phase of rigid positivism, Lenin revisited Hegel’s and Marx’s dialectics during World War 1 and came to the conclusion that “an intelligent idealist critic is closer to an intelligent materialist one than a stupid materialist.” This deviating disclaimer was accompanied by heretical theories on the possibility and necessity of a proletarian revolution in Russia, and thus with a praxis that dissociated itself from the social-democratic positivism of early Marxism.

Soon after the renamed “communist party” came to power in Russia and weathered the terrible civil war, Lenin died, and the construction turned into “the building of socialism,” which characterized that phase from then onwards (and is nowhere to be found in Marx’s works). The excommunicated theologian Loisy once observed that “Jesus was prophesying the coming of Heavenly Kingdom, and what came was the Church” : Marx and Lenin were prophesying the liberation of labour, and what came was the dictatorship of the Party... I certainly don’t mean to say that the result was black and white ; on the contrary, in my opinion, the October Revolution was a necessary and, if you will, sacred liberating break, just as was the revolutionary war in Yugoslavia and in China. In the USSR from 1917 to 1929, and in the Socialist Federal Republic of Yugoslavia up to sometime in the 1970s, as well as in key periods of other revolutions, the Party was a two-headed Janus, who performed some important acts of emancipation and some significant acts of enslavement. [5] In brief, “middle Marxism” can best be understood as oscillating between the deeply democratic impulses of original plebeian Leninism and the harsh realities of keeping power which culminated in the Stalinist politocratic oppression of the people, resulted in arrested development, and eventually in an either controlled or uncontrolled return to capitalism.

The black face of Janus is mostly represented by Stalin, whose absolute power can be traced back to 1928/29. Under his rule, “histmat” and “diamat” led straight to his question in 1944, “How many divisions has the Pope ?” which – when the production relations took their vengeance on the production forces – found its answer in the Solidarity movement : “more >divisions< than you.” It was a pseudo-scientific positivism (therefore materialism) that wanted to leave some free space for a momentous change at the top (therefore history and dialectics). Contrary to this, Marx’s epistemologically much more fruitful position was that “theory [or an idea, D.S.] becomes a material force when it grips the consciousness of the masses”... Stalin’s theory of history was an orgy of complete predetermination, supported by harsh tactical maneuvers devoid of any principle (what Marx called begriffslos) except keeping power. Essentially, this was a phase of a pseudo-scientific, atheistic faith, in the neutral sense of a belief in something that didn’t exist but still led to enormous practical consequences (for example, enthusiastic sacrifice).

However, it should be stressed that Tsar Koba the Terrible managed to build, if not socialism, then at least a collectivist industrialism within the confines of one huge country, owing to which the West and the USSR succeeded in defeating Hitler–no small accomplishment. What kind of social system was actually formed under his rule isn’t yet clear, although it is quite clear it was based on a violent primitive accumulation of capital at the expense of the working population and especially of the peasantry. Suffice it to say that those rigid forms of production relations could not compete with the development of the production forces in capitalism, especially after the 1950s, and that they perished in that duel. “The social mandate” was (just as in SFRY and China) the guarantee of a secure working place and overall social services (including education as the main road to social progress), regardless of how primitive they may have been in some countries, provided for the masses of peasants who swarmed into the cities.

On the whole, “middle Marxism” played the leading role in the greatest social advancement of the lower classes in the history of humanity. At the top, however, a new ruling class, a politocracy, got firmly established, and it eventually came to the conclusion (except in Asia and Cuba) it would be much safer as a capitalist bourgeoisie – even as a comprador one, that is, a servant to metropolitan countries and corporations, as in Eastern Europe.

Late Marxism, and a Retrospective as a Perspective

It is still not clear whether the end of the “Leninist” phase should be situated in the year 1956 or 1968. Historical periods don’t end on a particular day, so we could compromise by saying that in different countries this phase ended at different times. However, in a rather united world, where Khrushchev’s abjuration of Stalin in 1956 didn’t break the stasis in USSR society, perhaps a more suitable turning point are the years around 1966 to 1968 : the beginning of the Cultural Revolution in China, of the student rebellions in 1968 (the first world-wide, at least apparently anti-capitalist movement opposed to the communist parties and to the official Marxism of the first two phases), the suppression of Dubček’s reform in Czechoslovakia and the stall of Yugoslav self-management as an expansive system, and so on. The final nail in the coffin of this rich and contradictory interregnum was the Oil Crisis in 1973, and then the victory of the politocracy in P.R. China.

The basic question of Late Marxism was how to unblock the frozen and hateful model of Stalin’s counter-revolution, which had nullified Lenin’s glorious beginnings. The search for a new “subject of revolution” that would stand in place of, or at least next to, the unsuccessful industrial proletariat was frantic : the proletariat in the sense of all the working and/or poor people ; technicians and intellectuals ; Mao’s “planetary village ;” women (in the variant provided by socialist feminism) ; the “coloured” peoples or ethnic groups ; even Marcuse’s students or sexual minorities (which was a bit desperate). Since all that failed, it turns out that the problem might have been deeper, and perhaps didn’t lie in the Subject but in the Manner. Perhaps the bottleneck determining the mode of social production – or the production of society – is no longer the Production Forces, which in a developed capitalism already potentially surpass the needs of humanity, but its co-equal, the Production Relations, namely the relationships among people that are specific of a particular phase of the production possibilities ?

Taking production in the broadest sense of “the production of human life,” that Marx and Engels were fond of, I understand it in two different ways. The first, narrower and direct, type of production relations central to Marx’s thought is collective self-governing from bottom up and all the way up to the pinnacle of power, which he enthusiastically hailed in the Paris Commune, and Lenin fully accepted (until he sank into the mire and blood of the struggle for survival). This idea soon became a taboo in the USSR and further, except in the dissident little group of “council communists” (Pannekoek, Gorter, Mattick). Since Kidrič [6] – and later on Kardelj – reinstated it in 1950, supported by Tito, I shall from here on take the example of SFR Yugoslavia as the most illustrative for all the “socialist” countries (although the Chinese Cultural Revolution deserves a meticulous analysis too). In the SFRY, enormous resistances within the politocracy froze self-government mostly on the factory level, where it couldn’t have a decisive influence. This, in my opinion, points to the second, indirect and neglected, field of the production relations, that is, to a plain deficit within “socialism” of plebeian democracy from bottom up, in the necessarily conflictual decision-making of society as a whole : in the commune, in the mass media, in the political organizations, in the parliament, and on all the mediating levels, crucially including its leading institution of the allegedly avant-garde and actually ruling communist party. Liberating relationships within industrial and other direct production cannot properly develop without such societal discussion, which would be at least as free as in parliamentary capitalism (or in USSR 1921-26).

Why did this freezing of integral self-government succeed ? Because the forces in the League of Communists of Yugoslavia that were in favour of it (a group of people often identified as close to Kardelj and Bakarić) couldn’t manage, or so they claimed, to break a stubborn resistance from the greater part of the leadership right below the Executive Committee of the LCY. How could they have broken it ? Well, as in any effective strategy, by finding allies. Who could have been those allies, besides the advanced workers, already committed and neutralized ? Obviously only two : the working peasants and the intelligentsia. How could they have been activated ? By granting them freedom of active participation in policy-making within the boundaries of the SFRY Constitution (which, as in any other country, should be safeguarded and defended). This meant not only the freedom of expressing opinion, which did exist in the SFRY to a fair extent – certainly to a greater extent than in any other “socialism” (although the offensive legal paragraph on thought crime should have been abolished). It meant further the formulation of rules for organizing lobbies, small groups capable of exerting pressure on the government to implement certain measures, together with rules governing their access to the mass media. Such lively democratization could have overcome the historical difficulty that has always dogged factory workers, their inability to move alone, without a strong ally, from strikes in factories to power in the State. The development of each “socialist” State, from the USSR to China and Cuba, can be seen as a race between the two poles of an integral self-government with efficient planning (in production and civil society) and the spontaneous tendencies toward capitalism inherent in rightly repudiating Stalinist terror in favour of a consumers’ market on a capitalist globe.

Yet within a Party State, all would have eventually come to nothing if such discussions couldn’t have been transferred into the Party (LCY). It would have been necessary to repristinate the freedom of organizing factions and wide debates that was the norm in the Marxist movement, not only during the lives of Marx and Engels, but also throughout its history until the year 1921, for example before each (frequent !) party congress. In that year, faced with huge economic chaos and the decision to allow capitalist trade and economy below the “commanding heights” of State power, Lenin believed the Party should deny itself the luxury of factions for ONE YEAR, and had a one-year ban voted by the congress of the Russian Communist Party. Stalin surreptitiously grinned and made sure it would never be removed : this became his watchword of “monolithism.” Unfortunately, Tito was a staunch proponent of this principle, understandable and useful in Yugoslavia until 1945, and perhaps as late as 1950, but utterly counterproductive afterwards.

Therefore, the breakdown around 1990 – and here I go back to the whole of late Marxism – was twofold, and thus very deep. First, it was a politico-economical breakdown, fairly obvious in the enthusiasm of people from the relatively successful GDR when the Berlin wall was dismantled. In addition, it was an ideologico-philosophical breakdown : the entire “scientific paradigm” of Marxism from all its three phases crumbled, I think forever.

If I may get somewhat autobiographical : when I learned in 1989, as a Canadian visiting professor in Germany, that Tudjman had won the elections in the then federal unit of Croatia, I wrote the poem “Apparitions” (it can be found at the end of my book of verse Armirana Arkadija, Zagreb 1989). As its epigraph, I put a quotation from the Croatian 19th-century poet Kranjčević, in which the Lord says to Moses :

Perish you shall once you begin

Yourself in your ideals to disbelieve.

Let me translate this into prose : Marx and Lenin experienced a number of bitter political and economical defeats, for instance, in the years 1848, 1871 and 1905 ; so did the communist party of Yugoslavia from 1921 to the mid-1930s. However, the horizon for further efforts remained untouched, only some paths leading to it were in need of reformulation. Now the horizon too needs reformulation.

This can be done under two conditions. First, we must relinquish neither Marx nor the lessons – for better or worse – from the history of Marxism, especially the one concerning the role and profile of the avant-garde party.

Example : What were Marx’s most important sources ? According to Engels, those were (as if at a Congress of the Second International) German philosophy, French political thought, and English political economy ; Lenin repeated this in one of his famous articles that served in “middle Marxism” as an introduction to every Marx anthology. However, many scholars have shown, in my opinion convincingly so, that the deepest politico-philosophical influences on young Marx, the ones that stuck with him throughout his life and that can be detected in his early studies and writings (only recently published in their entirety) are the following : Aristotle, especially his category of Possibility (dynamei on) ; Epicurus, especially his cosmological explanation of freedom as a deviation or deflection from a straight line (Lucretius translated it as clinamen, an inclination or swerve) ; Spinoza, especially his emphatic negation of the religious justification for social contract ; and, of course, his principal Great Ancestor Hegel, especially his dialectical method as an inextricable synthesis of logic, ontology, and axiology (in which no meaningful discussion on Being is possible without a discussion on Value). No doubt, Marx upgraded all that through his studies of the French revolutionary tradition, from Rousseau to Babeuf, and of the “utopian socialists” ; and when he devoted himself to the study of capitalism, he turned to Ricardo and Smith. Judging by all these sources, the worst of all the possible worlds for Marx would be one in which there would be no possibility of liberation from the corruption of Value caused by Alienation ; therefore, he devoted all his adult life to studying the mysteries of capitalism ! We must follow him in that endeavour – and complement him. Let us rephrase his famous (perhaps somewhat too famous) 11th Thesis on Feuerbach as “the Marxists have interpreted Marx ; the point is to change him” – while preserving his constant emancipatory and epistemological horizon. For what Freud so elegantly called Trauerarbeit—a psychological working-through and working-out of the mourning after the death of a person important and dear to us, so that we could bear the loss—the time is over.

Second, we must complement our epistemology (philosophy of cognition) with insights that are not only adequate to the age of the theory of relativity and cybernetics, internet and genetic manipulation, but also adequate to the dying, and extremely dangerous, beast of financial capitalism, of global terrorism and warfare. Politically, this means insisting on a full and mainly direct organized democracy—not at all forgetting class interests, but integrating them with all the other (gender, ethnic, etc.) interests of individual self-determination and living labour. As Kouvelakis concludes his book : “communism [is] the never-ending, self-critical return of the democratic revolution.”

Marx’s constitutive epistemological rule may be phrased as : the object of knowledge is judged by looking backward from the future possibilities, which in feedback with the object provide the normative criteria for judgment. However, this requires a separate study. One little remark : probably not much time is left.

Yet should we succeed, we could verify Sartre’s optimistic view in Critique of Dialectical Reason : “far from being exhausted, Marxism is still very young, almost in its infancy ; it has scarcely begun to develop.”

NOTES

[1] Je ne voudrais pas surcharger ce bref essai de notes de bas de page sauf là où je dois le faire, mais j’ai beaucoup tiré profit (même quand je n’étais pas d’accord avec eux) de beaucoup d’ouvrages anciens et de plusieurs récents, en particulier de Alain Badiou, Daniel Bensaïd, Charles Bettelheim, Jacques Derrida, Stathis Kouvelakis, Lars Lih, et David F. Noble. Ma plus grosse dette immédiate revient à Costanzo Preve, immensément catalytique, et dont je suis le schéma historique tripartite et beaucoup d’observations particulières, tout en divergeant de sa conclusion générale. La citation de Stathis Kouvelakis fait référence à sa Philosophy and Revolution : From Kant to Marx, trad. G.M. Goshgarian, London : Verso, 2003 [Philosophie et révolution, de Kant à Marx (PUF, 2003)

[2] J’ai disserté sur ce sujet en référence à la Yougoslavie dans “15 Theses about Communism and Yugoslavia, or The Two-Headed Janus of Emancipation through the State” (inédit, pourra être envoyé à la demande)

[3] Voir mon article “Ekonomsko-političke perspektive Borisa Kidriča” [“Les perspectives économico-politiques de Kidrič“], Zarez [Zagreb], 28/4/2011, pp. 10-11. Pour l’approche ci-dessus, voir aussi les essais “Living Labour and the Labour of Living“ dans mon livre Defined by a Hollow : Essays on Utopia, Science Fiction, and Political Epistemology, Oxford : P. Lang, 2010 ; "Communism and Yugoslavia," dans mon livre Darko Suvin : A Life in Letters, ed. P.E. Wegner, Vashon Island WA : Paradoxa, 2011, 331-39 ; "From Death into Life : For a Poetics of Anti-Capitalist Alternative"et "Brecht and Communism," dans mon livre In Leviathan’s Belly : Essays for a Counter-Revolutionary Time. Baltimore : Wildside P for Borgo P, 2012.

[4] I don’t wish to burden this brief essay with footnoting except where I must, but I have profited much (even where I disagreed) by many old works, and not a few recent ones, in particular by Alain Badiou, Daniel Bensaïd, Charles Bettelheim, Jacques Derrida, Stathis Kouvelakis, Lars Lih, and David F. Noble. My immediate biggest debt is to the hugely catalytic Costanzo Preve, whose tripartite historical scheme and many particular observations I follow, while disagreeing with his overall conclusion. The citation from Stathis Kouvelakis refers to his Philosophy and Revolution : From Kant to Marx, transl. G.M. Goshgarian, London : Verso, 2003.

[5] I have expatiated upon this with reference to Yugoslavia in “15 Theses about Communism and Yugoslavia, or The Two-Headed Janus of Emancipation through the State” (unpublished, may be sent upon request).

[6] See my article “Ekonomsko-političke perspektive Borisa Kidriča” [“The Economico-Political Perspectives of Kidrič“], Zarez [Zagreb], 28/4/2011, pp. 10-11. For the above approach, see also the essays “Living Labour and the Labour of Living“ in my book Defined by a Hollow : Essays on Utopia, Science Fiction, and Political Epistemology, Oxford : P. Lang, 2010, and “Od smrti u život” (“From Death into Life : For a Poetics of Anti-Capitalist Alternative”), translated by S. Hasnaš, Up & Underground, no. 17/18, Zagreb : Bijeli val, 2010, pp. 73-95, and “Communism and Yugoslavia,” in my book Darko Suvin : A Life in Letters, ed. P.E. Wegner, Vashon Island WA : Paradoxa, 2011, 331-39.